Bien que l’infection par le SARS-CoV-2 chez les enfants ne soit pas un problème majeur de santé publique, il faut se poser la question de savoir si cela est différent quand ceux-ci sont infectés par le VIH, ont une malnutrition sévère ou sont atteints de drépanocytose?Maladie génétique qui affecte les globules rouges et qui se traduit notamment par de l’anémie, trois comorbidités?En médecine, désigne la présence de maladies et/ou divers troubles aigus ou chroniques s'ajoutant à la maladie initiale communes en Afrique sub-saharienne qui augmentent le risque d’infection grave.

Porteurs du projet « Prévalence du Covid-19 chez les jeunes enfants hospitalisés avec pneumonie sévère ou malnutrition aiguë sévère en Afrique sub-saharienne (TB-Speed COVID) », Maryline Bonnet (IRD, UMI TransVIHMI) et Eric Wobudeya (MUJHU Research Collaboration, Ouganda) répondent à nos questions.

Soin des enfants en Afrique

© IRD - Annick Aing

Quels sont les enjeux de votre projet ?

Face au SARS-Cov-2, la majorité des enfants sont asymptomatiques et peu d’entre eux font des formes sévères. Il semblerait aussi qu’ils ne soient pas un vecteur majeur de la transmission. Néanmoins, nous avons peu de données chez les enfants qui ont des comorbidités affectant l’immunité et prédisposant au risque d’infection grave comme l’infection VIH, la malnutrition sévère et la drépanocytose. Or, ces trois comorbidités sont communes en Afrique sub-Saharienne. De plus, la pneumonie sévère, qui reste une des premières causes de mortalité chez les enfants de moins de 5 ans dans cette région du monde peut aussi être causée par l’infection à SARS-Cov-2. En Afrique Sub-Saharienne beaucoup de ces enfants sont infectés par le VIH ou souffrent de malnutrition. Par contre, dans le contexte de pandémie actuelle, la part de l’infection à SARS-Cov-2 chez les jeunes enfants hospitalisés pour une pneumonie sévère y est très peu documentée.

Se soigner en Afrique

© IRD - Jean-Jacques Lemasson

Quelle en est l’originalité ?

L’originalité du projet TB-Speed COVID est de se focaliser sur les enfants de moins de 5 ans hospitalisés pour une pneumonie sévère ou une malnutrition aigüe sévère. Il est réalisé dans 12 hôpitaux de 5 pays d’Afrique Sub-Saharienne?Cameroun, Côte d’Ivoire, Mozambique, Ouganda et Zambie et permettra de mesurer la prévalence de l’infection à SARS-Cov-2 chez ces enfants, d’évaluer l’effet de cette infection sur leur survie ainsi que l’impact d’autres infections respiratoires associées comme la tuberculose ou d’autres infections virales. Ce projet se greffe à un gros projet international sur le diagnostic de la tuberculose de l’enfant financé par Unitaid?Hébergée par l’Organisation Mondiale de la Santé, organisation internationale qui investit pour trouver des moyens de prévenir, diagnostiquer et traiter le VIH/sida, la tuberculose et le paludisme plus rapidement, plus efficacement et à moindre coût  et l’initiative 5%, dirigé par l’université de Bordeaux (TB-Speed)?Projet de recherche financé par Unitaid et l’initiative 5% visant à évaluer des approches diagnostiques novatrices et coût-efficaces de la tuberculose (TB) pour réduire la mortalité infantile due à la TB dans des pays à revenus limités. La composante COVID est financée par l’ANRS.

Mesure du tour de bras et consultation des enfants malnutris

© IRD - Yves Paris

Sur quelles connaissances antérieures votre équipe s’appuie-t-elle ?

Notre projet se base sur les connaissances générées par la première vague épidémique en Chine, Europe et Amérique chez les enfants, notamment en terme de symptômes, risque de formes sévères et complications. En l’absence d’information spécifiques liées à l’infection à SARS-Cov-2, il s’appuie aussi sur les connaissances - dans les pays à haut niveau de ressources - de l’impact des infections à coronavirus saisonniers chez les enfants avec comorbidités affectant leur immunité. Ces comorbidités (cancer et traitements immunosuppresseurs) sont néanmoins très différentes de ce que l’on observe en Afrique (VIH, malnutrition).

Suivi d'enfant dans les centres de santé en Afrique

© IRD - Justine Montmarche

Comment se partage le travail de recherche entre les deux porteurs du projet ?

Nous sommes déjà deux des investigateurs coordinateurs du projet TB-Speed qui héberge cette sous-étude sur le COVID. Le Dr Wobudeya est pédiatre et infectiologue à l’hôpital de Mulago et à l’université de Makerere (Kampala, Ouganda). Il coordonne les aspects cliniques tandis que je suis en charge des aspects recherche. Cette étude bénéficie de la plateforme recherche mise en place à l’Université de Bordeaux pour les aspects de gestion des données et le monitoring clinique du projet TB-Speed mais aussi de l’expertise microbiologique de Manon Lounnas, post-doctorante dans l’unité MIVEGEC de l’IRD avec l’appui du Pr Sylvain Godreuil (médecin microbiologiste au CHU de Montpellier).

Prévention contre le SIDA en Afrique

© IRD - Michel Dukhan

Quels sont les résultats attendus ?

Les résultats attendus sont ceux sur la prévalence?Nombre de personnes malades, de cas d'une maladie ou d'un événement tel qu'un accident, un suicide, un meurtre, recensé dans une population déterminée, sans distinction entre les cas nouveaux et les cas anciens de l’infection à SARS-Cov-2 chez les jeunes enfants hospitalisés pour pneumonie sévère et chez les enfants hospitalisés pour une malnutrition aigüe sévère, ainsi que sur l’impact de cette infection sur la survie de ces enfants. Ces résultats attendus pour le deuxième semestre 2021 permettront de guider les pratiques en terme de dépistage et de prise en charge de ces enfants très vulnérables vis-à-vis de ce type d’infection virale à coronavirus.

Concept One Health

© Wikimedia commons

En quoi votre recherche répond-elle à la science de la durabilité ?

L’étude TB-Speed COVID répond à la volonté de l’IRD de promouvoir la science de la durabilité. Elle s’intègre dans l’approche globale « One health » multidisciplinaire autour de l’infection à SARS-Cov-2 au sein de l’unité TRANSVIHMI qui allie des études environnementales, virologiques, immunologiques, épidémiologiques, socio-anthropologiques et cliniques. Cette étude touche une problématique majeure en Afrique sub-saharienne avec les infections pulmonaires de l’enfant et la malnutrition qu’elle aborde dans une approche globale à l’échelle de 5 pays en Afrique. De plus, elle est le fruit d’un large consortium international regroupant des chercheurs de diverses institutions du Sud et du Nord (université de Bordeaux, IRD, Programme PACCI en Côte d’Ivoire, l’Institut National de la santé au Mozambique, l’université de Zambie, Mujhu Research Collaboration Ouganda, centre Pasteur du Cambodge), des ONG (SOLTHIS au Sierra Leone, Epicentre en Ouganda) et des programmes nationaux.

 

Aller plus loin : Actualité IRD Covid-19 : l'expertise Sud et le partenariat de l'IRD contre la pandémie

Contacts science : Maryline Bonnet, IRD, UMI TransVIHMi maryline.bonnet@ird.fr


Eric Wobudeya, Mujhu Research Collaboration, Ouganda ewobudeya@mujhu.org
 

Contacts communication : Fabienne Doumenge, Julie Sansoulet communication.occitanie@ird.fr