Le projet COVIDCent s’inscrit dans un contexte unique, celui de l’Afrique subsaharienne, où l’état et l’évolution de la pandémie de COVID-19 sont les moins compris actuellement. Financée par l’ANRS?Agence nationale de recherche sur le sida et les hépatites virales, cette étude permettra d’en savoir plus sur « la situation épidémiologique, les risques de propagation du COVID-19 en Afrique Centrale et l'apport des tests rapides point-of-care?tests diagnostiques qui peuvent être réalisés en dehors de tout laboratoire et dont le résultat est connu rapidement».

Les deux porteurs du projet, Avelin Aghokeng Fobang (IRD, UMR MIVEGEC) et Fabien Roch Niama (Laboratoire National de Santé Publique, Brazzaville, République du Congo) répondent à nos questions.

Exemple de Test Covid19 à l'entrée du PHPT, Thailande

© IRD - Gonzague Jourdain

Quels sont les enjeux de votre projet ?

L’enjeu principal de COVIDCent est le contrôle et l’arrêt de la pandémie COVID-19, plus particulièrement dans les pays d’Afrique où se déroule le projet. Cet objectif final passe par un certain nombre de préalables loin d’être remplis : une meilleure compréhension de la maladie, de l’agent étiologique impliqué - le SARS-CoV-2 -, du niveau de propagation du virus dans ces régions, de l’évolution de cette propagation et enfin, des projections qui peuvent être anticipées. Nous devons disposer d’informations fiables sur le niveau d’exposition des populations au virus, la prévalence de l’infection dans ces populations et les conséquences potentielles, notamment au niveau clinique, la survenue des formes graves et décès. L’enjeu est aussi de disposer d’outils de diagnostic fiables et surtout adaptés au contexte des pays du Sud où la disponibilité où les difficultés en ressources financières, humaines et infrastructures représentent un défi permanent. Le diagnostic étant une étape indispensable au développement de toute stratégie de riposte. 

Prévention sanitaire, Dakar

© IRD - Bernard Taverne

Quelle en est l’originalité ?

Autant l’information est largement disponible - et ce pratiquement en temps réel - dans les pays du Nord, autant nous en savons très peu pour l’instant sur la situation réelle de la maladie sur le continent Africain. Cela s’explique par des niveaux de ressources différents et bien d’autres facteurs. Pour compliquer ce tableau, ce continent est déjà en proie depuis des décennies à de nombreux défis sanitaires (VIH, Malaria, tuberculose, Hépatites virales, Ebola, maladies tropicales négligées, etc) qui mobilisent fortement les ressources et les infrastructures, rendant difficile une riposte rapide face à cette nouvelle pandémie. Les difficultés rencontrées par les pays riches, supposés mieux préparés à gérer un tel scénario sanitaire, illustrent facilement l’ampleur du défi dans des contextes plus fragiles comme l’Afrique. Le projet va donc utiliser des stratégies simplifiées de laboratoire pour générer l’information épidémiologique nécessaire et exploiter les modèles mathématiques pour établir des scénarios d’évolution de la pandémie sur le continent. La riposte globale contre cette infection ne saurait faire l’impasse sur le continent africain.

Fresque murale de prévention contre la Covid19, Dakar

© IRD - Bernard Taverne

Sur quelles connaissances antérieures votre équipe s’appuie-t-elle ?

Notre équipe bénéficie d’une excellente connaissance et maitrise des contextes Sud, résultant de longues années de collaborations développées et entretenues en Afrique avec nos partenaires et de longues années de travail sur ce terrain. Nos connaissances antérieures ne sont pas spécifiques au nouveau virus SARS-CoV-2, mais découlent de longues expériences acquises dans le développement de stratégies de lutte contre d’autres infections, notamment virales, auxquelles le continent fait face depuis des décennies, VIH/SIDA, Hépatites virales, Ebola, etc… Les travaux conduits au cours des 30 dernières années pour le contrôle et l’élimination de ces infections nous permettent donc aujourd’hui d’avancer plus rapidement dans le développement des stratégies contre le SARS-CoV-2. Par exemple, nous savons qu’une stratégie de diagnostic basée sur des techniques qui nécessiteraient des laboratoires hautement spécialisés ne serait ni réaliste, ni applicable dans la majorité des régions du Sud. De ce fait, il faut absolument s’appuyer sur des stratégies simplifiées de diagnostic type « point-of-care ». Gagner du temps en développant de telles approches est au cœur de notre projet.

Lavage de main au Congo

© Wikimedia commons

Comment se partage le travail de recherche entre les deux porteurs ?

Nous nous connaissons depuis de nombreuses années et notre amitié accompagne la construction de ce programme de recherche. De ce fait, c’est davantage la complémentarité des idées et des actions qui illustre la collaboration. Il n’y a pas à proprement parler un "partage" d’activités, mais plutôt une définition commune des actions. Néanmoins, certaines activités, du fait de leur localisation géographique, sont plus aisées à piloter par l’interlocuteur présent au Nord (commandes auprès des sociétés basées au Nord, par exemple) ou celui présent au Sud (discussions avec les comités nationaux éthiques, etc).

Covid 19 en Afrique

© Xavier Donat

Quels sont les résultats attendus ?

  • Apporter des données précises sur l’état actuel de l’épidémie dans les contextes de l’Afrique subsaharienne.
  • Estimer, voire anticiper, le sens et la vitesse d’évolution de cette pandémie sur le continent à partir des modèles mathématiques.
  • Déterminer l’apport et la place des tests rapides de détection d’antigènes et/ou ou d’anticorps dans l’expansion du diagnostic et la surveillance de la COVID-19 dans les pays du Sud, leurs performances et les modalités de leur utilisation.
  • Proposer des stratégies de prévention, de contrôle et de prise en charge mieux adaptées au contexte du Sud.

Test Covid

© Dailyvox

En quoi votre recherche répond-elle à la science de la durabilité ?

Les grands enjeux autour de la question de « durabilité » impliquent fortement la notion de spécificité des actions en réduisant les étapes non nécessaires et le gaspillage des ressources y compris humaines. Notre objectif étant entre autres d’identifier des stratégies de diagnostic les plus pertinentes et les plus efficaces par rapport à la problématique, ce travail contribue de fait à l’économie des ressources dans des contextes qui sont souvent parmi les plus démunis et les plus fragiles. Nous évaluons dans ce projet des stratégies de simplifications y compris des intrants de laboratoire en réduisant par exemple les besoins et les demandes en tests PCR plus coûteux, mais surtout demandeurs de grosses infrastructures et d’importantes ressources. Le projet accompagne également les équipes sur le terrain dans la gestion et le traitement des déchets médicaux et de laboratoire.
 

Aller plus loin : Actualité IRD Covid-19 : l'expertise Sud et le partenariat de l'IRD contre la pandémie

Contacts science : Avelin Aghokeng Fobang, IRD, UMR MIVEGEC avelin.aghokeng@ird.fr


Fabien Roch Niama, Laboratoire National de Santé Publique,
Brazzaville, République du Congo fabien.niama@gmail.com


Contacts communication : Fabienne Doumenge, Julie Sansoulet communication.occitanie@ird.fr