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Raphaëlle Chevrillon-Guibert est politologue, chargée de recherche à l’Institut de Recherche pour le Développement et affectée à l’UMR PRODIG (CNRS, Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, Paris 4 Sorbonne, Paris 7 Denis Diderot, IRD, AgroParisTech). À partir d’une approche d’économie politique, elle s'intéresse aux manières de gouverner et aux logiques du pouvoir en situation. Ainsi elle a étudié pendant quinze ans les ressorts du régime islamiste soudanais et leurs évolutions. Aujourd’hui, elle poursuit son analyse en s’intéressant aux ressources naturelles et aux conflictualités que leur accès et leur exploitation génèrent au Soudan, un aspect central dans les transformations en cours dans la révolution. Elle s'intéresse également à ces questions dans la zone sahélienne qui a connu depuis une dizaine d'année un boom de l'or sans précédent porté principalement par des activités artisanales. Au Maroc, c'est aussi depuis le secteur minier qu'elle étudie les pratiques du pouvoir et les manières de gouverner locales.

 

Quelle est votre spécialité ? Quels sont actuellement vos travaux ?

Je suis chercheure en sociologie politique et je m’intéresse plus particulièrement aux pratiques autoritaires que j’étudie à travers des objets économiques. En effet, je m’attache à comprendre ce que nous disent du pouvoir, de ses logiques ou pratiques, les conduites économiques. Au Soudan, j’ai travaillé longuement sur l’expérience islamiste à travers le secteur commercial et aujourd’hui à travers le secteur minier qui est en plein boom là-bas mais également dans toute la partie sahélienne de l’Afrique.

C’est aussi à partir de l’étude de ce secteur et des manières de le gouverner que j’ai débuté mes recherches au Maroc. Toutefois, ici, je me concentre pour l'instant plutôt sur la réorganisation des activités artisanales minières et j’ai rejoint pour cela une équipe de recherche marocaine qui travaille sur la province de Jerada qui produisait industriellement du charbon et du plomb mais où les entreprises minières ont fermé et où il ne reste désormais qu’une activité minière artisanale « informelle".

En quoi votre travail répond-il aux défis et enjeux actuels (hors COVID) ?

Les mines sont essentielles sur le plan économique pour le Maroc, principalement celles de phosphate d’un point de vue du PIB, mais l’exploitation d’autres minerais représente un secteur que le Maroc souhaite développer. C’est également un enjeu important pour les populations car les mines apportaient beaucoup de travail et désormais beaucoup sont fermées ou le travail s'y est mécanisé en réduisant le besoin de main d'œuvre. Le chômage généré dans certaines localités minières fait émerger une forte demande des gouvernés pour des alternatives économiques qui pour les acteurs publics ne sont pas simples à identifier et mettre en œuvre, notamment à Jerada. Etudier ces espaces est donc primordial pour comprendre les attentes, les possibilités mais aussi pour comprendre les relations du pouvoir central avec ses périphéries.

Au soudan, qui vient de connaitre une révolution assez extraordinaire après 30 ans de régime autoritaire, l’enjeu des mines est également central car c’est le premier secteur économique du pays. Le partage de cette ressource se trouve donc au cœur des attentes citoyennes.

Quelles actions/activités menez-vous pour faire connaitre/valoriser vos travaux ?  

La valorisation passe principalement via les canaux classiques à savoir la publication des résultats de nos recherches dans des journaux académiques ou lors de conférences. Avec mes partenaires, nous avons également un blog scientifique  https://minesmaroc.hypotheses.org au sein duquel nous relayons ces évènements scientifiques ainsi que nos publications mais également des articles plus courts relatant nos terrains ou des photos. Nous souhaitons également publier un ouvrage collectif sur Jerada qui soit à la fois académique et accessible au grand public et ce, afin de faire connaitre nos travaux aux acteurs locaux, citoyens et acteurs publics. C’est également en projet sur la zone sahélienne. De plus, toute cette dynamique de recherche s’inscrit dans le cadre d’un Laboratoire Mixte de Recherche intitulé « Activités Minières Responsables » (LMI AMIR) qui a été lancé au Maroc cette année pour une première période de 5 ans reconductible et dont j’assure la codirection.

Par ailleurs, au cours des premiers mois compliqués de la révolution soudanaise l’année dernière, j’ai beaucoup échangé avec les médias afin de les accompagner dans le décryptage de ce pays pas toujours très connu du grand public.

Dans le contexte épidémique mondial actuel, êtes-vous toujours en liens avec vos partenaires ? 

Je suis toujours très en lien avec mes partenaires avec l’aide des outils numériques ; c'est quelque chose de facile, j’avais déjà pris cette habitude de collaborer étroitement malgré la distance physique car je travaille sur des terrains lointains.

Est-il toujours possible de contacter l’IRD au Maroc pour avoir des informations sur l’institut et ses activités ?

Le site web de la représentation est accessible et actualisé et vous pouvez y trouver les moyens de rentrer en contact avec nous, l’actualité scientifique continue malgré les conditions difficiles rencontrées et l’IRD, au Maroc comme ailleurs, prépare déjà la sortie de crise de manière proactive.