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En cette période de pandémie mondiale, de confinement et de ralentissement de l’activité globale, nous avons décidé d’interroger nos chercheurs et partenaires sur la manière dont ils gèrent la situation. Comment la recherche et les activités liées à notre représentation en Equateur trouvent de nouvelles formes d’organisation pour continuer à survivre malgré les conditions ? C’est ce que nous verrons à travers les témoignages croisés de Thomas Couvreur – chercheur et botaniste français de l’IRD en expatriation à Quito à l’Université Pontificale Catholique d’Equateur (PUCE) - et Angel Guevara - professeur de biomédecine à l’Université Centrale d’Equateur (UCE) et président de l’Académie des sciences d’Equateur. 

Comment votre structure a-t-elle décidé de gérer le travail durant cette période de confinement ? (Télétravail, fermeture temporaire, chômage technique, etc.)

Thomas C. : La PUCE qui est l’université dans laquelle j’effectue ma mission, a mis en place le télétravail, donc nous travaillons depuis chez nous. Je ne donne pas de cours, mais je sais que des collègues ont mis en place leurs cours via internet. Cela leur a créée pas mal de travail en plus, car donner cours en salle et très diffèrent pédagogiquement que via internet. 

Angel G. : Le personnel enseignant et administratif de l’UCE est en télétravail. Les étudiants sont en vacances pour la fin du semestre et on espère pouvoir assurer le maximum d’activité grâce à la visioconférence. Pour ce qui est de la partie enseignement de mes disciplines, il est difficile de continuer à pratiquer de manière virtuelle les cours de médecine. 
Notre laboratoire lui s’est transformé en centre de détection du COVID-19. Le travail est resté présentiel pour les équipes, par nécessité, mais les équipes se relayent pour assurer des plages horaires différentes 

 

Sur quels types d’activités cette situation impacte le plus les champs d’action de votre structure/votre travail ? 

Analyses moléculaires en laboratoire, Equateur

© ©IRD - Quentin Struelens

Thomas C. : Le confinement m’impacte beaucoup sur plusieurs plans. En premier, le suivi des étudiants qui sont en stage avec moi. Depuis le début du confinement nous n’avons pas pu nous voir et donc avancer sur leurs travaux de stage. En ce moment, mon étudiante est en 2eme année, mais on avait mis un place un programme de formation assez intéressant, et du coup cela tombe à l’eau pour cette année. 
Et puis, les missions de terrains : durant cette première année d’expatriation dans le pays, je voulais mener plusieurs expéditions de collectes de données dans les forêts tropicales de l’Equateur, prendre mes marques. J’ai réussi à effectuer plusieurs missions sur le terrain avec mes collègues avant le confinement et je commençais juste à me sentir à l’aise. Finalement, l’interaction avec les collègues à la PUCE me manque aussi. On commençait à faire connaissance et bien interagir. 
J’avais aussi une conférence de prévue au sein du département de Sciences exactes et Naturelle de la PUCE qui a dû être annulée ; et une conférence programmée à l’Alliance Française avec l’IRD, que j’ai donné virtuellement la semaine dernière. On s’adapte ! 

Angel G. : Il est certain que les travaux sur le terrain, en territoires ruraux et autres projets de ce genre sont retardés mais l’on espère reprendre tout cela dès la fin du confinement. De la même manière, les projets comme la sélection de travaux scientifiques de jeunes chercheurs équatoriens en collaboration entre l’Académie des Sciences et l’IRD sont de fait suspendus. Et évidemment les évènements type séminaires, ateliers que nous avions prévu de co-organiser avec l’IRD sont également reportés. Certains se verront peut-être transformés en webinaires !

 

Est-ce que de nouvelles formes de travail, d’activité ont émergé du fait de ces nouvelles conditions ? 

Thomas C. : Si l’on peut citer quelque chose de positif, c’est peut-être la « banalisation » des réunions et conférences via internet. Nous les pratiquions déjà avant, mais de manière irrégulière. Avec le confinement, je fais plus de réunions et pas seulement avec les collègues sur place, mais aussi à travers le monde. Disons que c’est devenu plus courant, et les gens acceptent plus ce genre de réunion qu’avant. Par exemple, je me réunis toutes les semaines avec mes étudiants pour discuter d’articles récemment publiés et chacun me donne son opinion sur la situation etc. C’est quelque chose que je ne faisais pas avant, en tout cas pas si régulièrement. En tant que chercheur dans une structure internationale comme l’IRD, cela permet également d’échanger plus facilement avec d’autres chercheurs partout sur le globe !

Angel G. : Dans le champ de la recherche scientifique, je dirais que le développement de conférences virtuelles type webinaire est une avancée positive. Evidemment, il ne pourra pas remplacer totalement les activités menées en présentiel mais permet de palier à un certain nombre de situations qu’il serait impossible de traiter avec les mesures actuelles de restriction (et particulièrement de quarantaine). 
 

card discover

© libre

Illustration virus

Personnellement, diriez-vous que ce mode de travail vous convient ?

Thomas C. : Je ne pense pas. Je suis quelqu’un qui a besoin de faire beaucoup de terrain, alors être isolé un certain temps ça va, mais sur le long terme cela va vraiment négativement impacter mes recherches.

Angel G. : Pour le moment, disons oui mais seulement jusqu’à ce que le nombre de cas de Covid-19 diminue. C’est surtout du côté enseignement de la médecine que c’est compliqué : les explications directes aux étudiants et le contact avec le patient sont nécessaires. De même pour la recherche scientifique expérimentale, qui requiert des travaux en laboratoires, obligatoirement présentiel, donc. 

 

Auriez-vous une anecdote qui serait survenue, depuis le début de l’épidémie (en lien avec la situation bien sûr), à nous raconter ? 

Thomas C. : Nous avons considéré, avec ma famille, qu’adopter un chien pendant le confinement, serait une bonne chose, aussi bien pour les enfants que pour nous. Un rêve d’enfance pour moi. Donc on a eu une chienne de 2 mois, qui s’appelle Raphia. Raphia est le nom d’un genre de palmier principalement Africain mais aussi Sud-Américain, qui résume bien mes recherches en ce moment ! De plus les espèces de ce genre sont très importantes pour les populations de ces régions. En parlant de ça, vous pouvez voir le documentaire sur ce palmier ici 
 

RECEPCIÓN DE MUESTRAS COVID 19 EN INBIOMED 2020-05-12

© Angel Guevara

Angel G. : Plus qu’une anecdote, je parlerai d’un fait réel. Du fait de la faible capacité de diagnostic moléculaire du COVID-19, notre laboratoire de recherche s’est transformé en centre de diagnostic de la maladie – avec ce que cela implique en terme de biosécurité comme l’utilisation de tenues de protection personnelles, qui nous permettent parfois de nous reconnaitre entre collègues, sinon il faut écrire son nom sur nos tenues pour cela ! (Cf. Photo) Nous n’avions jamais pensé que nous serions amenés à nous habiller de cette manière pour travailler en laboratoire de recherche, surtout dans le nôtre qui a un niveau de biosécurité 1 ou 2.