Une étude internationale, coordonnée par l’Université de Macquarie (Australie) et associant de nombreux partenaires, dont l’IRD, met en évidence l’importance de la connectivité marine pour la sauvegarde des récifs coralliens et des pêcheries dans le monde. Ces résultats, qui ouvrent la voie à l’amélioration des stratégies de protection des récifs, sont publiés dans la revue Science le 20 janvier 2022.

Les récifs coralliens constituent de véritables oasis de vie au milieu des océans. Ils ne couvrent que 0,2 % de la surface des mers mais abritent plus de 25 % de la biodiversité marine mondiale, soit près de 60 000 espèces décrites à ce jour. Ecosystèmes parmi les plus diversifiés de la planète, ils font vivre directement ou indirectement 500 millions de personnes, dont 40 millions de pêcheurs. 
Les récifs subissent les impacts des activités humaines, auxquelles s’ajoutent ceux du changement climatique (réchauffement et acidification de l’océan). Leur déclin mondial alerte les décideurs sur la nécessité de proposer des stratégies de protection qui concilient conservation de la biodiversité et maintien d’une pêche durable. 

Connaître les espèces présentes dans un récif, leurs cycles de vie et leurs mouvements dans l’océan est essentiel pour définir les zones de protection. En effet, selon la taille des poissons, la contribution aux services écosystémiques diffère : les gros poissons carnivores (dont la saison de reproduction est relativement courte), peuvent apporter une contribution substantielle aux pêcheries locales, les petits poissons (qui se reproduisent plus fréquemment au cours de l’année), sont responsables quant à eux d’une grande partie de la diversité biologique observée aujourd’hui sur les récifs coralliens. Les chercheurs s’intéressent donc aux réseaux écologiques de dispersion des larves de poissons, qui façonnent la connectivité des récifs coralliens.  

L’essentiel maintien de la connectivité entre les populations marines

Dans cette étude, l’équipe internationale de chercheurs s’est intéressée au mouvement des courants océaniques et aux caractéristiques biologiques des larves. Ils ont utilisé des modèles biophysiques océaniques pour modéliser la dispersion des larves de poissons de récifs coralliens dans le monde. "C’est la première fois que l’on simule la connectivité des récifs coralliens à cette échelle spatiale, à cette résolution et pour quatre groupes de poissons distincts aux cycles de vie et stratégies reproductives contrastés", précise Luisa Fontoura, chercheuse en écologie marine à l’Université de Macquarie (Australie), coordinatrice de l’étude.

Les chercheurs ont ainsi distingué les récifs selon leurs caractéristiques de connectivité : certains servent de "corridors" de dispersion, certains retiennent les apports larvaires (les "puits") et d’autres exportent des larves (les "sources"). Ils montrent que les services écosystémiques procurés par les récifs coralliens reposent sur la connectivité larvaire : les récifs qui reçoivent des larves provenant de "corridors" de dispersion fortement interconnectés abritent un plus grand nombre d’espèces de poissons. Les récifs servant principalement de "puits" à larves regroupent environ deux fois plus de biomasse que les récifs "sources" de larves et, lorsqu’ils sont protégés, sont plus résistants à la pression humaine. 

Banc de carangues sur un récif corallien à Bornéo.

© Joao Paulo Krajewski

Vers une expansion stratégique des zones de protection

"En identifiant les rôles, à la fois distincts et complémentaires, que les « puits », les « sources » et les « corridors » de dispersion jouent sur la fourniture des services écosystémiques, notre étude propose un cadre scientifique et politique pour améliorer la stratégie de placement de certains récifs coralliens sous protection d’ici à 2030, telles que les Aires marines protégées (AMP) ou les Mesures efficaces de conservation par zone (OECM)", souligne Stéphanie D’Agata, chercheuse en écologie de la conservation à l’IRD, co-auteure de l'étude publiée dans Science. Cela constitue une avancée importante, puisque 70 % des récifs coralliens classés comme fonctionnellement importants d’un point de vue de la connectivité pour la conservation de la biodiversité et des pêcheries ne sont pas protégés à l’heure actuelle.

Ces résultats plaident donc pour une expansion stratégique des zones et mesures de protection. "Il faudrait mieux protéger les réseaux de récifs bien connectés", ajoute Stéphanie D’Agata. "Cela s’avère particulièrement important pour les populations des pays de la zone intertropicale, qui comptent parmi les plus dépendantes des écosystèmes côtiers tropicaux pour leur sécurité alimentaire". Les chercheurs rappellent ici la nécessité de tenir compte du contexte local (activités humaines et environnement) pour adapter les mesures de gestion et soutenir la continuité des services écosystémiques.

Ces résultats ouvrent la voie à d’autres études, pour comprendre l’influence du changement climatique sur la connectivité des récifs et préconiser des mesures de protection adaptées. 
 


Référence : Luisa Fontoura, Stéphanie D’Agata, Majambo Gamoyo, Diego R. Barneche, Osmar J. Luiz, Elizabeth M. P. Madin, Linda Eggertsen, Joseph M. Maina. Protecting connectivity promotes successful biodiversity and fisheries conservation, Science, 20 janvier 2022. DOI: 10.1126/science.abg4351

Contacts : Stéphanie D’Agata, chercheuse en écologie de la conservation, laboratoire Ecologie marine tropicale des océans Pacifique et Indien (UMR ENTROPIE – IRD/Ifremer/CNRS/Université de la Réunion/Université de la Nouvelle-Calédonie) ; Maina Mbui, chercheur en écologie spatiale, Department of Earth and Environmental Sciences, Université de Macquarie, Sydney (Australie)   

Partenaires de l’étude : Department of Earth and Environmental Sciences, Macquarie University (Australie) ; Marine Programs, Wildlife Conservation Society (Etats-Unis) ; IRD ; Coastal and Marine Resources Development (Kenya) ; Australian Institute of Marine Science (Australie) ; Oceans Institute, The University of Western Australia ; Research Institute for the Environment and Livelihoods, Charles Darwin University (Australie) ; Hawai‘i Institute of Marine Biology, School of Ocean and Earth Science and Technology, University of Hawai‘i (Etats-Unis).

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