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Les conférences mondiales sur la tradition et la culture des orisha (COMTOC)
 

Auteur : Stefania Capone

Les congrès internationaux, et notamment les Conférences mondiales sur la tradition et la culture des orisha (COMTOC) qui réunissent les initiés brésiliens, cubains, nord-américains et yoruba (entre autres), sont les lieux privilégiés d’élaboration d’une « tradition africaine » dans laquelle l’identité religieuse yoruba joue un rôle central. Véritables arènes politiques, les COMTOC jouent un rôle central dans l’établissement et l’articulation des réseaux de pratiquants de la « religion des orisha ».

La première COMTOC s’est tenue du 1er au 7 juin 1981, dans la ville d’Ilé-Ifé, au Nigeria. Son objectif était de réunir les chefs religieux yoruba et ceux de la « diaspora » américaine, afin d’unifier la tradition des orishas et de lutter « contre la fragmentation de la religion africaine dans le monde ». Parmi les organisateurs figuraient des initiés de haut rang, des anthropologues qui revendiquent leur statut d’initiés dans les cultes afro-américains, ainsi que des intellectuels yoruba, initiés dans le culte d’Ifá et très actifs sur la scène internationale, tels que Wande Abimbola et Omotoso Eluyemi. Les COMTOC furent placées sous le patronage de l’Ooni d’Ilé-Ifé et Abimbola fut élu président et chef du comité directif international.

Ces conférences se sont vite transformées en forums politiques où chacun essaie d’affirmer son autorité et sa tutelle sur le mouvement. La 2e Conférence mondiale fut organisée en 1983, dans la ville de Salvador, « berceau de la tradition » en terre brésilienne, et donna lieu à une scission du mouvement, qui détermina l’éloignement des maisons de cultes « traditionnelles » au Brésil. Deux versions de la 3e COMTOC eurent lieu : l’une aux Etats-Unis, organisée par le Caribbean Cultural Center à New York, du 6 au 10 octobre 1986 ; l’autre à Ilé-Ifé, la même année, organisée par Abimbola et Eluyemi. La 4e COMTOC eut lieu à São Paulo, du 24 au 29 septembre 1990, organisée par des maisons de candomblé « réafricanisé ». La 5e Conférence mondiale eut lieu en août 1997 à San Francisco ; son but était de « démontrer l’unité, la cohérence et l’interconnexion des différentes traditions des orisha de par le monde », appelées « Òrìsà and Òrìsà-related traditions ». Le logo du congrès figurait un plateau de divination, symbolisant « la place centrale occupée par la divination d’Ifá dans la religion yoruba ». La 6e COMTOC s’est tenue à Port of Spain (Trinidad) du 15 au 22 août 1999, la 7e COMTOC de nouveau à Ilé-Ifé du 5 au 12 août 2001 et la 8e COMTOC à La Havane du 7 au 13 juillet 2003, organisée par l’Asociación cultural yoruba (ACY) de Cuba, la seule association santera reconnue officiellement par le gouvernement castriste (cf. Argyriadis et Capone, 2004). La 9e COMTOC eut lieu deux ans plus tard, à Rio de Janeiro du 1er au 6 août 2005 dans les locaux de l’Université de l’État de Rio de Janeiro (UERJ).

Aujourd’hui, le mouvement des Conférences mondiales sur la tradition et la culture des orisha se divise en deux courants, l’un cherche à se légitimer par rapport à la terre des origines (à savoir le pays yoruba et, surtout, Ilé-Ifé, berceau mythique de tous les Yoruba), l’autre vise à perpétuer une suprématie déjà historiquement instaurée dans les pays de la « diaspora » (cf. Capone, 1999a). Ces deux courants se cristallisent, au Brésil, autour d’un pôle africain (yoruba) lié aux nouveaux convertis au candomblé dans le sud du pays, et un autre pôle lié, lui, à la tradition de la « diaspora », c’est-à-dire au candomblé bahianais. Le mouvement de réafricanisation, qui s’appuie sur l’alliance religieuse et « politique » avec les Yoruba, cache le désir de légitimation de certains groupes de culte considérés comme de nouveaux convertis dans l’univers de la tradition afro-brésilienne. Cette même affirmation est également valable pour les rapports qui unissent les « nouveaux convertis » nord-américains à leurs mentors yoruba. Les COMTOC sont aujourd’hui le locus privilégié dans lequel on peut observer la mise en place de réseaux transnationaux et la confrontation – sur les plans religieux et politiques – de différents modèles de tradition.

Bibliographie

Abimbola, Wande
1997 Ifá Will Mend Our Broken World : Thoughts on Yoruba Religion and Culture in Africa and the Diaspora, Roxbury, MA : Aim Books.

Argyriadis, Kali et Stefania Capone
2004 « Cubanía et santería : les enjeux politiques de la transnationalisation religieuse (La Havane, Miami) », numéro spécial « Religions transnationales », Civilisations, Bruxelles, vol. LI, 1-2, pp. 81-131.

Argyriadis, Kali et Nahayeilli Juárez Huet
2007 « Las redes transnacionales de la santería cubana : una construcción etnográfica a partir del caso La Habana – ciudad de México », in Francis Pisani, Natalia Saltalamacchia, Arlene Tickner y Nielan Barnes, Redes Transnacionales en la Cuenca de los Huracanes. Un aporte a los estudios interamericanos, México, Miguel Angel Porrúa-ITAM, 2007, pp. 329-356.

Capone, Stefania
1999 La quête de l’Afrique dans le candomblé. Pouvoir et tradition au Brésil, Paris : Karthala.
2005 Les Yoruba du Nouveau Monde : religion, ethnicité et nationalisme noir aux Etats-Unis, Paris : Karthala.

 
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