Relitrans, transnationalisation religieuse des Suds : entre ethnicisation et universalisation Relitrans, transnationalisation religieuse des Suds : entre ethnicisation et universalisation
 
  Accueil L’équipe Le projet Actualités Liste des ouvrages de références Partenaires Photographies & Base de données  
Accueil > Contextes et champs religieux nationaux > Nigeria
Nigeria
 

Auteurs : Stefania Capone et André Mary

Le Nigeria, ce géant des États africains (88,5 millions d’habitants en 1991), est un pays qui se caractérise par une tradition de cohabitation et d’affrontement entre plusieurs religions, depuis l’époque pré-coloniale jusqu’à nos jours. L’islam est la religion la plus répandue, ce qui fait de ce pays le lieu de concentration de la population musulmane la plus importante d’Afrique. La majorité des Haussa et des Peuls du Nord, et les populations de la région septentrionale sont musulmanes, mais l’islam est aussi présent sur l’ensemble du territoire national. La population chrétienne, importante aussi (40%), est concentrée dans la région orientale, avec une prédominance catholique en pays igbo et une forte présence protestante en pays yoruba dans la région occidentale. Le pays yoruba est le plus fragmenté avec 40 % de chrétiens, un tiers de musulmans, et un fond de religions traditionnelles dont les 10% des recensements officiels ne rendent pas compte.

L’islam a pris ses racines dans le nord du Nigeria à partir du XIe siècle et était déjà très répandu au XVIe siècle, jusqu’à entraîner, au début du XIXe siècle, la chute de l’empire yoruba d’Oyo, avec le déclenchement des guerres inter-tribales. L’islamisation des élites du royaume de Kano va de pair avec le jihad initié par Cheik Usman dan Fodio qui diffuse sa réforme grâce à la conquête militaire et impose sa domination sur un vaste territoire dont Sokoto formait le centre en tant que capitale d’un État théocratique soumis à la Charia tandis que le haoussa devenait lingua franca. Les missions chrétiennes pénètrent par contre dans le Sud-Ouest du pays, par l’intermédiaire des esclaves libérés venus de Sierra Leone qui propagèrent la nouvelle foi auprès de populations « païennes » familières de l’islam. Les Yoruba du Sud-Ouest se sont appropriés les stations missionnaires chrétiennes, avec la nomination du premier évêque anglican africain (Crowther), alors que les Ibos du Sud-Est ont investi dans la formation d’un laïcat catholique. Si les missions se sont trouvées limitées jusqu’en 1930, par la politique coloniale de coexistence avec l’islam, dans leurs activités au Nord, elles se sont distinguées au Sud par leur rôle moteur dans l’éducation des élites.

JPEG - 69 ko
Octobre 2012, Nigeria. Photo Nahayeilli Juarez Huet.

Le mouvement de Réveil des années 1930 et la fondation d’Églises indépendantes dites aladura (les priants) vont constituer le terreau sur lequel germera le nationalisme culturel et politique. Ces Églises font une large place aux traditions prophétiques de l’Ancien testament autant qu’aux pratiques visionnaires qui font écho aux divinations du Fa et misent sur l’efficacité spirituelle des prières de guérison. Dans les années 1970, un autre réveil « charismatique » d’origine universitaire se démarque des grandes Eglises méthodistes, baptistes et pentecôtistes, d’origine missionnaire. Le Nigeria devient la plaque tournante de mouvements néo-pentecôtistes, inspirés par la théologie de la prospérité et l’évangile de la foi (action faith). L’épithète « charismatic » s’applique à des communautés « born-again » très opposées : d’un côté, Deeper Life Bible Church, qui illustre un courant rigoriste et ascétique ; au centre la Redeemed Christian Church of God plus classique ; et de l’autre, la Church of God Mission de Benson Idahosa, la figure emblématique des nombreuses Eglises néo-pentecôtistes très médiatiques dans toute l’Afrique de l’ouest. Les années 1990 donne lieu à l’émergence d’un modèle entrepreneurial, à l’exemple de Christ Embassy ou de Winners Chapel, une organisation ecclésiale d’entreprise privée, investie dans les medias, et dominée par un leadership très personnel de prophètes pasteurs.

Depuis l’indépendance du Nigeria, les mouvements nationalistes ont remis au goût du jour les pratiques réunies sous le label d’« African Traditional Religions », d’où la redécouverte du système d’Ifá et du corpus de connaissance associé à cette pratique divinatoire.

JPEG - 99.8 ko
Consultation avec un babalawo. Octobre 2012, Nigeria. Photo Nahayeilli Juarez Huet.

Des intellectuels pratiquants, comme Wande Abimbola, ont joué un rôle central dans la systématisation et la divulgation de ces pratiques au sein de la « diaspora yoruba » et la mise en valeur de l’apport yoruba dans les modalités afro-américaines de la « religion des orisha » (religion yoruba). Aujourd’hui, plusieurs pratiquants afro-américains se rendent ainsi au pays yoruba, et notamment dans la ville d’Ode Remo, afin de s’initier dans la religion des orisha et Ifá, recréant des liens spirituels et généalogiques qui permettent de refaire corps avec la terre des origines et avec un passé revivifié.

L’histoire religieuse contemporaine du Nigeria reste dominée par les relations conflictuelles entre communautés chrétiennes et musulmanes. La question épineuse de la Charia qui émerge dans sa forme polémique à la fin des années 1970 apparaît comme une source de polarisation des positions politiques. Après l’élection présidentielle de 1993 remportée par un richissime Yoruba musulman : Alhaji Abiola, fera suite l’élection du Général Olusegun Obasanjo en 1998, un yoruba born-again.

Bibliographie

Abimbola, Wande, 1976, Ifá : An Exposition of Ifá Literary Corpus, Ibadan : Oxford University Press Nigeria.

Capone, Stefania, 2006, Les Yoruba du Nouveau Monde : religion, ethnicité et nationalisme noir, Paris : Karthala.

Clarke, Kamari M., 2004, Mapping Yorùbá Networks : Power and Agency in the Making of Transnational Communities, Durham, N.C. : Duke University Press.

Hackett Rosalind (ed.), 1987, New Religious Movements in Nigeria, New-York, Edwin Mellen,

Isaacson Alan, 1990, Deeper life : the extraordinary growth of the Deeper Life Bible Church, London, Sydney, Auckland, Toronto, Hodder and Stoughton, 254 p..

Johnson, Samuel, 1921, The History of Yorubas, Lagos : CSS Bookshop.

Kane O., 2003, Muslim Modernity in Postcolonial Nigeria. A Study of the Society or the Removal of Innovation and Reinstalment of Tradition, Leiden, Boston, Brill

Korieh, Chima & Nwokeji, Ugo (éds.), 2005, Religion, History, And Politics in Nigeria, University Press of America.

Loimeier R., 1997, Islamic Reform and Political Change in Northern Nigeria, Northwestern University Press, Evanston.

Mary A., 2002, « Pilgrimage to Imeko (Nigeria) : An African Church in the Time of the global village », International Journal of Urban and Regional Research, Vol. 26.1, pp. 106-120.

Peel J.D.Y., 1968, Aladura : A Religious Movement Among the Yoruba, London, Oxford University Press for the International African Institute

idem, 2000, Religious Encounter and the Making of the Yoruba, Bloomington, Indianapolis : Indiana University Press.

Webster J.B., 1964, The African Churches among the Yoruba (1891-1922), London, Clarendon Press.

 
Rechercher
 
 

à lire aussi
 

Mexique
Cuba
Brésil
Côte d’Ivoire
Gabon
Burkina Faso
Ghana
Congo-Brazzaville
Espagne
Portugal
États-Unis
Argentine
Uruguay
Colombie
Haïti

 
 
 

Accueil | L'équipe | Le projet | Actualité | Bibliographie | Partenaires | Photographies | Contacts
Plan du site | Mentions légales | Espace réservé | Administration | Suivre la vie du site RSS 2.0