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Orisha-Voodoo
 

Auteur : Stefania Capone

Dans les années 1960, avec la première grande vague d’immigration cubaine en Amérique du Nord, de nouvelles pratiques religieuses, comme la santería, arrivent aux États-Unis. Ces religions, nées de la rencontre des croyances des esclaves africains avec celles de leurs maîtres, étaient construites autour de la vénération d’entités d’origine africaine, associées, dans les rituels, aux saints catholiques. Beaucoup d’Afro-Américains se sont progressivement initiés à la prêtrise, dans une quête identitaire visant à refaire corps avec leur culture originelle. Comme dans le processus de création d’une identité yoruba à la fin du XIXe siècle au Nigeria, la « revitalisation » de cette identité aux États-Unis constitue le fruit d’un dialogue intense non seulement entre Cubains immigrés et Afro-Américains, mais aussi entre ces derniers, qui revendiquent à présent une identité « yoruba », et leurs « frères » africains.

Le premier militant du nationalisme noir nord-américain à s’initier dans la religion afro-cubaine a été Walter « Serge » King, le futur « roi » d’Oyotunji Village, connu sous le nom d’Adefunmi I (1928-2005). Son parcours, tout à fait exemplaire, l’a conduit de la pratique de la danse africaine, dans la troupe de Katherine Dunham, à l’initiation dans la santería à Matanzas (Cuba), en 1959. Fraîchement importée par les Cubains qui fuyaient la révolution castriste, cette religion était la seule à même de proposer aux Afro-Américains l’identification avec de puissantes divinités africaines, alors que les Églises messianiques et nationalistes, comme la Nation of Islam, prônaient des identités « afro-asiatiques ».

Adefunmi sera à l’origine de la seule expérience « contre-acculturative » sur le sol américain. En 1960, il fonde le Yoruba Temple à Harlem, ainsi que l’African Theological Archministry et la Yoruba Academy afin d’étudier l’histoire, la langue et la religion yoruba dans le but de faire prendre conscience aux Afro-Américains de leur héritage culturel. Cela devait mettre fin à des siècles d’« amnésie culturelle ». En 1970, déjà éloigné de la santería, Adefunmi fonde Oyotunji Village, un village yoruba en Caroline du Sud, qui ouvrira une nouvelle phase dans la « black religious experience ». Dans ce morceau d’Afrique en Amérique, les membres d’Oyotunji s’habillent comme des Africains et se soumettent aux scarifications tribales.

Parmi les changements fondamentaux apportés par les Afro-Américains aux pratiques religieuses de la santería, on compte la mise entre parenthèses du caractère secret des rituels, l’imbrication entre religion et politique, et l’élimination de toute influence catholique dans les pratiques religieuse, difficilement acceptable par des pratiquants issus du protestantisme. Adefunmi essaya de ramener les pratiques religieuses apportées par les Cubains à leur « pureté » africaine, sans pour autant séparer les rituels yoruba des autres composantes africaines comme le vodun. Pour mieux marquer la rupture d’avec les santeros cubains, un nouveau nom fut choisi pour cette religion, qui devint l’orisha-voodoo, symbolisant ainsi l’entrecroisement de différentes pratiques religieuses africaines, d’origine yoruba et dahoméenne.

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Olokun, divinité des profondeurs abyssales, représentations des ancêtres africains inconnus, morts pendant la traite négrière. 2004, Oyotunji Village, USA. Photo de Stefania Capone.

Si l’influence yoruba est très forte à Oyotunji dans l’organisation spatiale du village, les pratiques religieuses ont gardé la marque de leur système d’origine, reproduisant un grand nombre d’éléments caractéristiques de la santería, d’où Adefunmi tirait sa légitimité en tant qu’initié. Les changements les plus significatifs ont été l’implantation du culte des ancêtres ou Egungun, tombé dans l’oubli à Cuba, et la création de la « divination des racines » afin de découvrir l’ethnie ou même le clan d’appartenance africain du consultant.

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L’Egungun royal danse devant un groupe d’écoliers afro-américains, venus connaître le "village africain" avec leurs enseignants. 2004, Oyotunji Village, USA. Photo de Stefania Capone.

Cette revitalisation du culte des ancêtres a permis d’établir une sorte de continuité entre le passé africain et le présent américain, effaçant la rupture fondatrice de l’histoire afro-américaine, à savoir la traite négrière. Aujourd’hui, l’évolution démographique du village est inversement proportionnelle à l’augmentation de son influence dans le champ religieux nord-américain, grâce à la dissémination de centres liés à Oyotunji Village un peu partout aux États-Unis.

Bibliographie :

Adefunmi, Oserjeman, 1962, Tribal origins of the African-Americans, New York : Yoruba Temple Research Division/Great Benin Books.

idem, 1970, African Names from the Ancient Yoruba Kingdom of Nigeria, New York : Yoruba Academy.

idem, 1981, « U.S.A. : Building a Community », Caribe, 4 (4), pp. 10-12.

idem, 1982, Olorisha : A Guide of Book into Yoruba Religion, Great Benin Books, Oyotunji Village, Sheldon, S. C.

idem, 1993, Keynote Address, Columbia University, 16 janvier.

Anonyme S/d, The Gods of Africa, Yoruba Temple : Great Benin Books, Africa Library Series.

Capone, Stefania, 2005 Les Yoruba du Nouveau Monde : religion, ethnicité et nationalisme noir aux Etats-Unis, Paris : Karthala.

Carmichael, Stokely & Charles V. Hamilton, 1967, Black Power : The Politics of Liberation in America, New York : Random House.

Clapp, Stephen C. , 1966, A reporter at large, African Theological Arch-Ministry, New York Public Library, Collection of the Schomburg Center.

Clarke, Kamari M., 2004, Mapping Yorùbá Networks : Power and Agency in the Making of Transnational Communities, Durham, N.C. : Duke University Press.

Curry, Mary Cuthrell, 1997, Making the Gods in New York : The Yoruba Religion in the African American Community, New York & London : Garland Publishing, Inc.

Herskovits, Melville, 1990 [1941], The Myth of the Negro Past, Boston : Beacon Press.

Hucks, Tracey, 2000, « African American Yorubas in Harlem and the Transition to Oyotunji Village » in Larry G. Murphy (ed.), Down by Riverside : Readings in African American Religion, New York, London : New York University Press, pp. 256-259.

Hunt, Carl, 1979, Oyotunji Village : The Yoruba Movement in America, Washington : University Press of America.

 
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