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Santería
 

Auteurs : Kali Argyriadis et Nahayeilli Juárez Huet

La santería cubaine (ou regla Ocha), généralement décrite comme étant d’origine yoruba, est indissociable du système divinatoire d’Ifá, du palo-monte dans ses différents aspects, du spiritisme et du culte des vierges et des saints catholiques. Le centre de vénération de cette religion est l’ensemble des , divinités souvent représentées de façon anthropomorphique qui habitent et symbolisent les forces et les attributs de la nature. Les orichas sont aussi appelés santos (saints) puisque certains saints catholiques correspondent à certains avatars de ces divinités.

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Saints catholiques révérés comme avatars de certains orichas et poupées réceptacles d’esprits de défunts, La Havane, 2004. Photo de Kali Argyriadis.

Ils sont matériellement représentés par les otanes (pierres) contenues dans des réceptacles divers (soupières, plats en bois et en terre, chaudrons), et « nourris » à travers l’ingestion de substance diverses qui contiennent de l’aché, par exemple du sang d’animaux sacrifiés.

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Réceptacles d’Oricha Oko, Olokun et Changó, La Havane, 2004. Photo de Kali Argyriadis.

L’aché est la force et le pouvoir avec lesquels le dieu créateur a fabriqué l’univers ; il est contenu dans tous les éléments du cosmos. Dans la santería, toutes les propitiations, les invocations et les rituels sont mis en œuvre en vue de la circulation de l’aché des orichas. A Cuba, aché est également synonyme de "bénédiction".

Pour les santeros, chaque personne est l’enfant d’un oricha principal appelé aussi « ange gardien », lequel est fixé dans la tête durant la cérémonie d’initiation appelée asiento (on dit aussi « faire son saint ») ou kariocha. Durant l’année qui suit l’initiation, les initiés récents (iyawós) doivent obéir à certaines règles personnelles déterminées pendant une cérémonie divinatoire appelée itá. Ces règles sont déterminées par l’oricha de la personne et par les autres saints que l’initié reçoit aussi à cette occasion et qui déterminent à leur tour les différentes facettes du caractère et du comportement de l’individu.

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Réceptacles d’orichas décorés et ordonnés en "trône" lors d’un anniversaire d’initiation, La Havane, 2004. Photo de Kali Argyriadis.

Il existe différentes façon de communiquer avec les orichas : lors de cérémonies collectives à travers la faculté de possession (qui n’est pas partagée par tous) ou en utilisant des techniques divinatoires. Le type et la complexité des oracles manipulés dépendent de leur position dans la hiérarchie santera : la noix de coco est utilisée par tous, les cauris (ou diloggún) sont manipulés par les oriatés et Ifá est réservé exclusivement aux babalaos. Tous ces systèmes divinatoires sont basés sur un principe général qui consiste à obtenir des « lettres » ou des signes à partir de combinaisons issues du jet des objets sus-cités. Ces signes ou odun possèdent chacun un nom propre et correspondent à des histoires (patakines), des conseils, des prédictions et des offrandes diverses (ebbó et addimú) proposés pour apporter une solution au problème de celui qui consulte l’oracle.

L’organisation sociale de base de la santería à Cuba est la maison ou ilé, formée par l’ensemble des personnes qui, à travers la parenté rituelle, compose une « famille de religion ». Le parrain ou la marraine (babaloricha ou iyaloricha) deviennent alors les pères ou les mères symboliques des filleuls qu’ils initient, et l’ensemble formé par leurs ascendants, descendants et collatéraux rituels constitue un lignage ou rama. Par l’intermédiaire de la parenté rituelle, un même individu peut s’insérer dans un réseau de relations qui le met en lien avec plusieurs parrains et marraines (chacun correspondant à un niveau initiatique spécifique), eux-mêmes en lien avec d’autres, et par extension, en théorie, avec tous les santeros, aujourd’hui à l’échelle transnationale.

Les critères qui organisent les relations et déterminent la hiérarchie au sein des « familles de religion » sont l’âge rituel (compté à partir de la date d’initiation) et le genre. Les aînés sont censés enseigner aux plus jeunes tout ce qui concerne les différents rituels auxquels ils peuvent accéder, car à chaque niveau initiatique correspondent une compétence et des charges rituelles spécifiques. Cependant, la structure qui organise la répartition de ces compétences ne permet pas qu’un même individu les acquière dans leur totalité. Par conséquent, il n’y a pas de chef ou de guide suprême dans la santería, et tout rituel implique une collaboration entre spécialistes rituels complémentaires. Cette particularité n’empêche cependant pas les conflits de pouvoir et les tentatives de disqualification entre santeros rivaux.


Bibliographie

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