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Palo-monte
 

(Auteur : Kali Argyriadis)

Le palo-monte (et ses multiples variantes, parmi lesquelles le palo-mayombe, la briyumba et la kimbisa) est décrit communément comme étant d’origine « bantoue » (entre autres). Il est fondé sur l’adoration de puissances non anthropomorphiques appelées aussi mpungus, qui représentent les forces et les attributs de la nature. Celles-ci sont représentées par des esprits de défunts, les nfumbes ou « morts » (muertos) qui ont été abandonnés et ont besoin de l’attention des vivants. Matérialisés sous forme de pierre et/ou de poupées, ils sont « nourris » de façon régulière avec différentes substances (sang d’animaux sacrifiés, lumière, eau, alcool, miel…) pour les maintenir « forts ». En effet, dans le palo, chaque élément de la nature est susceptible d’action et de réaction. Toute élaboration rituelle consiste à manier, assembler, équilibrer et transmettre ces forces à des fins protectrices et/ou destructrices.

Pour se protéger des mauvais sorts, des actes de sorcelleries et, le cas échéant, en réaliser soi-même, on recommande à Cuba de s’initier au palo. L’initiation ou rayamiento consiste en l’acquisition et l’incorporation de plusieurs nfumbes personnels par le biais de petites coupures pratiquées en différents points d’intersection du corps. Le caractère et le comportement de ces « morts » correspondent à ceux de l’initié. Les paleros communiquent avec les esprits de défunts par l’intermédiaire de la possession (ceux qui n’ont pas cette faculté utilisent les services de leurs parents rituels) ou bien à travers les chamalongos : quatre morceaux de coque de noix de coco qui, en tombant à l’endroit ou à l’envers, forment cinq combinaisons dont sont déduites les réponses des « morts ». Un autre outil de divination est parfois utilisé : une corne garnie d’éléments divers, fermée par un miroir, appelé mpaka mensú, et devant laquelle on souffle de la fumée de cigare.

Le novice conclut un pacte avec ses nfumbes : ceux-ci travaillent pour lui en échange d’une attention quotidienne. Il existe différents types de « morts » : certains d’entre eux, décédés de façon particulièrement violente, sont utilisés littéralement comme esclaves ou « chiens de prenda ». D’autres, plus évolués, ne sont pas considérés comme facilement manipulables. Après le rayamiento, on peut atteindre des niveaux supérieurs d’initiation en acquérant des nfumbes complémentaires. Le niveau ultime, indispensable pour devenir parrain ou marraine (tata ou yaya) consiste en la fabrication d’une nganga, un réceptacle (chaudron, pot ou sac) qui contient une somme d’éléments naturels fonctionnant comme une synthèse symbolique du cosmos et des relations entre les êtres : bâtons, pierres, métaux, terre et eau de différentes provenances, végétaux, sang d’animaux, chaînes, machettes, salive, sang de chaque nouvel initié, crâne ou os du « mort » principal du palero, crucifix lorsque l’on veut démontrer que l’on agit « pour le bien » (« chrétien ») et non « pour le mal » (« juif »). De la nganga mère naissent les prendas filles (réceptacles simples) des filleuls, lesquelles intègrent un peu de l’ensemble des substances accumulées. Chaque nganga est fondée sur un mpungu et les parrains tentent d’en accumuler et d’en manier le plus grand nombre possible.

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Nganga, mpaka mensú et chamalongos, La Havane, 2004. Photo de Kali Argyriadis.

Ces échanges de substances matérialisent le lien, théoriquement indestructible, qui unit le palero à son parrain, à ses frères rituels, à ses « morts » et, de façon générale, à l’ensemble du réseau de parenté rituelle, lequel comprend les vivants et les morts. Les hiérarchies internes à une famille rituelle ou rama (« branche »), se fondent sur les niveaux d’initiation et l’âge rituel. En théorie, les parents rituels doivent s’aider mutuellement : cette aide, médiatisée par le parrain ou la marraine, est matérialisée lors des cérémonies collectives où chaque membre a pour devoir minimal d’être présent pour unir sa « force » à celle des autres.

Pour des raisons historiques, et comme l’umbanda au Brésil, le palo a été décrit comme un culte syncrétique moins pur que la santería, plus attenant à la sorcellerie qu’à la pratique proprement religieuse. Aujourd’hui, à Cuba, il existe des santeros et des babalaos qui affirment le rejeter, bien que l’attitude la plus courante consiste à s’initier d’abord au palo avant de s’initier à la santería. En réalité, le palo fait partie d’un système de représentations qui englobe de façon complémentaire la santería, le culte d’Ifá, le spiritisme et le culte des saints et des vierges catholiques. Dans les pays hispanophones, la transnationalisation de la santería cubaine s’est accompagnée la plupart du temps de cette complémentarité.

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Offrandes pour les ngangas lors d’une initiation, Port de Veracruz (Mexique), 2004. Photo de Kali Argyriadis.

Bibliographie

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