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Religion yoruba
 

Auteur : Stefania Capone

La religion yoruba est pratiquée par les Yoruba, groupe ethnique d’Afrique de l’Ouest, dont le territoire s’étend de la partie sud-occidentale du Nigeria à la partie orientale du Bénin. D’autres groupes d’ascendance yoruba sont connus au Ghana et au Togo. Avec la traite négrière, les croyances religieuses yoruba se sont disséminées dans les colonies américaines, contribuant, de façon fondamentale, à la création de nouvelles pratiques religieuses « afro-américaines » (candomblé, santería, batuque…), issues de la rencontre des cultures africaines et européennes dans un contexte de domination politique et symbolique.

La religion yoruba se structure autour du culte des orişa (appelés orixás au Brésil et orichas à Cuba), les divinités médiatrices entre un être suprême inaccessible, Olodumare (ou Olorun), à qui on n’adresse aucun culte particulier, et les hommes. Pour cela, les orişa sont censés concentrer des aspects différents du pouvoir d’Olodumare, son aşe, régnant ainsi sur des domaines spécifiques de la nature (les eaux, les vents, les plantes…) ou des activités humaines (la justice, la guerre…). Les divinités yoruba peuvent être pensées comme des « ancêtres mythiques », leur culte se déroulant en pays yoruba sur une base lignagère. Lors de l’arrivée des esclaves yoruba au Brésil ou à Cuba, les orişa se sont transformés en protecteurs individuels, « pères » et « mères » du futur initié.

D’autres entités très vénérées parmi les Yoruba sont les Egun ou Egungun (les ancêtres divinisés) et les Iyami (les mères ancestrales) qui incarnent le pouvoir féminin. Elles sont associées parfois aux ajés, les « sorcières », leur pouvoir pouvant être utilisé pour le bien ou pour le mal. En effet, dans la religion yoruba, la notion judéo-chrétienne de bien et de mal est inexistante. Elle a été introduite lors du contact avec les missionnaires chrétiens à la fin du XIXe siècle. Les Yoruba croient aussi en une réincarnation partielle, puisque, au moment de la mort, l’orí (la tête, dans laquelle est fixé le destin personnel) retourne à l’orun (le monde spirituel). Quand un enfant est conçu, avant de descendre sur la terre, il doit choisir un orí qui l’accompagnera dans son existence. Les plus chanceux choisiront des têtes porteuses d’une bonne destinée, qui pourra être améliorée grâce aux sacrifices (ebó) et aux rituels appropriés.

La divination joue un rôle central dans cette religion, et notamment le système d’Ifá avec ses ese (vers) et ses itan (histoires) qui orientent l’ensemble des activités sociales et religieuses. Devenue aujourd’hui une religion minoritaire dans son pays d’origine, la religion yoruba jouit d’une plus grande visibilité dans ce qui est appelé la « diaspora africaine » aux Amériques. Cette religion, « globale » ante litteram, vu l’interpénétration de ses pratiques et de ses croyances avec d’autres religions africaines (fon, ewe, nupe, akan…), a connu une nouvelle phase de globalisation depuis le début des années 1980, avec l’essor des Congrès mondiaux yoruba ou COMTOC (Congrès mondiaux sur la tradition et la culture des orisha). Dans ces forums internationaux, on essaie d’unifier les pratiques religieuses issues de la religion yoruba, en les « purifiant » des influences exogènes, notamment chrétiennes, dans un désir d’« orthodoxisation » et de standardisation difficilement réalisable. Le rôle joué dans ces congrès – et autres activités associées – par les babalawo (les spécialistes de la divination par Ifá) s’avère extrêmement important, facilitant la réintroduction de pratiques tombées dans l’oubli dans la « diaspora », telles que la divination par les odús (les configurations divinatoires) au Brésil.

La diffusion, sur trois continents (Afrique, Amérique et Europe) des pratiques religieuses issues de la religion yoruba, a considérablement accru le nombre de pratiquants de la « religion des orisha ». De plus, l’importance grandissante accordée au corpus de connaissance d’Ifá permet d’intégrer la religion yoruba aux « religions du livre », lui accordant une nouvelle légitimité en tant que « religion universelle » (World religion).

Bibliographie :

Abimbola, Wande
1997 Ifá Will Mend Our Broken World : Thoughts on Yoruba Religion and Culture in Africa and the Diaspora, Roxbury, MA : Aim Books.

Apter, Andrew
1992 Black Critics and Kings : The Hermeneutics of Power in Yoruba Society, Chicago : University of Chicago Press.

Barnes, Sandra T. (ed.)
1997[1989] Africa’s Ogun : Old World and New, Bloomington, Indianapolis : Indiana University Press.

Drewal, Margaret Thompson
1992 Yoruba Ritual : Performers, Play, Agency, Bloomington, Indianapolis : Indiana University Press.

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1894 The Yoruba-Speaking Peoples of the Slave Coast of the West Africa : their religion, manners, customs, laws, language, etc., London : Chapman and Hall.

Epega, D. Onadele
1931 The Mystery of Yoruba Gods, Ode Remo, Nigeria : Imole Oluwa Institute.

Johnson, Samuel
1921 The History of Yorubas, Lagos : CSS Bookshop.

Idowu, E. Bolaji
1962 Olodumare : God in Yoruba Belief, London : Longmans.

Matory, J. Lorand
1994 Sex and the Empire That is No More : Gender and the Politics of Metaphor in Oyo Yoruba Religion, Minneapolis : University of Minnesota Press.
2005 Black Atlantic Religion : Tradition, Transnationalism, and Matriarchy in the Afro-Brazilian Candomblé, Princeton, Princeton University Press.

Peel, J. D. Y.
2000 Religious Encounters and the making of the Yoruba, Bloomington, Indianapolis : Indiana University Press.

Verger, Pierre
1957 "Notes sur le culte des Orisa et Vodun : à Bahia, la Baie de tous les Saints, au Brésil et à l’ancienne côte des Esclaves en Afrique", Mémoires de l’Institut français d’Afrique noire (IFAN), n° 51.

 
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