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Burkina Faso
 

Auteur : Sandra Fancello

La religion traditionnelle, communément appelée animisme, est encore très présente au Burkina Faso, surtout parmi les Mossi, groupe majoritaire de ce pays, malgré la forte expansion de l’islam en Afrique de l’Ouest depuis le XIIe siècle. La progression de la religion musulmane en pays mossi s’étend sur tout le XIXe siècle, c’est-à-dire parallèlement à la période coloniale et à l’arrivée des missions catholiques et protestantes en Haute-Volta. L’islam n’a été adopté massivement par les Mossi qu’à la fin du XXe siècle. Cette situation va être l’occasion de rivalités entre les marabouts et les missions chrétiennes. Cependant, les Églises chrétiennes parviendront à s’imposer, et parmi elles, les mouvements protestants et les Églises pentecôtistes.

L’arrivée du christianisme dans ce pays, comme dans le plupart des pays ouest-africains, a accompagné la conquête coloniale tout au long du XIXe siècle. L’Église catholique, au travers de ses écoles, s’assurait le quasi-monopole de la formation des élites autochtones qui allaient hériter ultérieurement des commandes de l’Etat postcolonial. Les missionnaires catholiques et protestants s’y sont succédé durant plusieurs décennies. La révolution populaire du 4 août 1983 plongea le pays dans une grande incertitude et instabilité politique et sociale durant laquelle les prises de positions de l’Église furent pour le moins fluctuantes. L’issue de la révolution fut néanmoins favorable à un nouvel élan religieux dont bénéficia, entre autre, l’Église catholique.

Les missions protestantes, notamment d’origine américaine et canadienne, issues des mouvements de Réveil du début du XXe siècle, vont se multiplier au Burkina Faso, surtout à partir des années 1980 qui correspond à « l’explosion des pentecôtismes ». L’Église américaine des Assemblées de Dieu, implantée depuis le début des années 1920, est la première Église pentecôtiste du pays, soumise à la concurrence d’Églises plus jeunes et des Ministères de délivrance issus de la mouvance néo-pentecôtiste. A l’inverse, la migration burkinabé vers le sud a contribué à l’implantation des Assemblées de Dieu en Côte d’Ivoire.

La majeure partie de ces Églises se regroupe sous la tutelle de la Fédération des Églises et Missions Évangéliques (FEME) fondée en 1961 à Ouagadougou. L’Église des Assemblées de Dieu, la Mission canadienne de Pentecôte, la Mission évangélique de l’Afrique Occidentale (W.E.C) et la Mission intérieure du Soudan (SIM) sont parmi les Églises fondatrices de la FEME qui se veut dans la continuité de la Fédération des Églises et Missions protestantes de l’AOF dissoute à la suite des Indépendances. L’ambition d’envergure nationale de la FEME, par le biais de la répartition des Églises membres sur tout le territoire burkinabé, a permis « d’embrasser les différentes ethnies du pays et de traduire la Bible, ou des parties de la Bible, dans les différentes langues importantes ».

Aujourd’hui la FEME rassemble une douzaine de dénominations. En milieu urbain, la présence chrétienne est surtout perceptible aux multiples façades et enseignes de commerce qui évoquent le nom de Dieu : Télécentre Wênd kuuni (« le don de Dieu »), Cordonnerie Wênd pâga (« la force de Dieu »), ou encore Couture Alleluya. Certains utilisent des expressions anglophones, sur le modèle des pays voisins et l’on peut voir des enseignes telles que Télécentre Christ Phone à Ouagadougou. Ainsi, le paysage religieux burkinabé, dont la situation géographique en fait une plaque tournante de la sous-région, notamment dans les échanges avec les pays côtiers au sud, apparaît aussi foisonnant et dynamique que d’autres capitales africaines (Abidjan, Accra, Cotonou). Les Églises prophétiques et pentecôtistes s’y multiplient, y compris celles originaires d’autres pays africains, notamment anglophones, comme la Church of Pentecost du Ghana, l’Église baptiste yoruba, l’Église biblique de la Vie Profonde ou, plus récemment, l’Église Winner’s Chapel, originaires du Nigeria et installées à Ouagadougou. Les dénominations issues du christianisme africain et les Églises transnationales y ont depuis longtemps remplacé les églises missionnaires. Depuis peu, les Églises brésiliennes telles que l’Église Universelle du Royaume de Dieu, apparaissent elles aussi dans le paysage religieux burkinabé.

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