Relitrans, transnationalisation religieuse des Suds : entre ethnicisation et universalisation Relitrans, transnationalisation religieuse des Suds : entre ethnicisation et universalisation
 
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Portugal
 

Auteur : Maïa Guillot

Au Portugal, un nouveau type de relation entre les pouvoirs politiques et le Clergé a découlé de l’implantation de la République en 1910, relation qui sera consolidée par la loi de séparation entre l’Etat et l’Eglise en 1911. Dès les années vingt, le Portugal a été marqué par un projet de société laïque et anticléricale, fortement inspiré par les idées scientifiques et positivistes de l’époque. Malgré la réhabilitation de l’image et du pouvoir de l’Eglise catholique durant la dictature militaire et l’Estado Novo (1926-1974), le Portugal a assisté à un boom de l’offre religieuse avec l’arrivée du régime démocratique. Le catholicisme a souffert d’une baisse de 17% entre 1960 et 1981 et les Portugais s’identifiant avec d’autres religions chrétiennes (évangéliques, témoins de Jéhovah, orthodoxes…) a triplé.

Au lendemain de la Révolution des Œillets de 1974 et à la suite de la perte de ses colonies et de son entrée dans l’Union Européenne en 1986, le Portugal est passé de pays de migrants à pays d’immigration. En 2011, sur 10 561 614 habitants, il y avait 436 822 résidents étrangers en situation légale, soit 4,1 % de la population globale. C’est dans la région de Lisbonne que se concentre cette population étrangère. Les Brésiliens forment depuis quelques années la première nationalité d’immigrés, étant 111 445 en situation légale (25,5 % de la population étrangère) en 2011 et suivis par les Ukrainiens (11 %). La même année au sein de cette population étrangère, les Africains venant des anciennes colonies portugaises étaient ainsi représentés : Cap-Vert (10,1 %), Angola (4,9 %), Guinée-Bissau (4,2 %), São Tomé e Príncipe (2,4 %).

En 2001, 89,9% des Portugais se disaient de confession catholique, dont 27,1% ayant une pratique régulière (se rendant à la messe ou culte équivalent une fois ou plus par semaine) et 41,2% ayant une pratique rare (quelques fois par an ou même moins fréquemment). La même année, la Loi sur la Liberté Religieuse confirmait la laïcité de l’Etat portugais, indiquant que celui-ci « n’adopte aucune religion, et ne se prononce pas non plus sur les questions religieuses ». L’immigration récente a complexifié une pluralité religieuse déjà historiquement présente dans ce pays : on assiste à une diversification de l’espace du christianisme (orthodoxes, protestants, pentecôtistes, Iurd), ainsi qu’à un accroissement des résidents musulmans et hindous, qui étaient de façon égale estimés à 30 000 individus en 2010.

En outre depuis une dizaine d’années, il y a dans les grandes villes portugaises une offre croissante et condensée de spécialistes proposant des pratiques dites néo-ésotériques ou New Age (reiki, acupuncture, yoga, tarologie, thérapie par les cristaux, numérologie, astrologie, magie celte…), et certaines pratiques religieuses afro-brésiliennes (divination, consultation des esprits, offrandes) sont très souvent associées et cumulées à ces pratiques religieuses.

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Affiche d’une foire ésotérique, avec l’image de l’orixá Omulu. Oeiras, Portugal, avril
2008. Photo de Maïa Guillot.

C’est à la fin de la dictature qu’a été ouverte au Portugal (à Lisbonne) la première maison de culte afro-brésilien (ou terreiro). On en compte aujourd’hui une quarantaine, majoritairement d’umbanda et de candomblé. Le Portugal est le pays d’Europe où les religions afro-brésiliennes sont le plus diffusées, principalement dans les régions de Lisbonne et de Porto. Les terreiros n’ont pas l’obligation de se déclarer pour exercer légalement et ils peuvent aussi être déclarés en tant qu’association religieuse ou association civile. Les chefs de culte sont soit des Brésiliens installés au Portugal ou partageant leurs activités des deux côtés de l’Atlantique, soit des Portugais ayant été initiés au Brésil ou au Portugal.

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Image de Yemanjá fabriquée à Fátima. Lisbonne, Portugal, novembre 2009. Photo de
Maïa Guillot.

Les individus initiés par les chefs de culte ainsi que les clients qui viennent les consulter ou demander de l’aide aux esprits sont par contre majoritairement des Portugais ; il y a également des Africains et descendants d’Africains lusophones et quelques Brésiliens, et les terreiros sont composés en moyenne d’une quinzaine d’initiés. Les initiés portugais ont pour la grande majorité reçu une éducation catholique, mais disent ne fréquenter l’Eglise que de façon sporadique (mariage, baptême), faisant souvent preuve d’un certain anticléricalisme dans leurs discours. Toutefois, ils ont un parcours dans lequel les pratiques issues du champ religieux portugais « traditionnel » occupent une place importante.

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Dévotion populaire au Dr. Sousa Martins, au pied de la statue à son effigie. Lisbonne,
Portugal, avril 2010. Photo de Maïa Guillot.

Ces pratiques partagent avec les religions afro-brésiliennes l’idée d’une communication directe entre les hommes et les êtres surnaturels : culte des saints, consultations de « sorciers » (bruxos), de guérisseurs (curandeiros), de bénisseurs (benzendeiros), de parapsychologues, de voyantes etc. C’est sur ce terrain fertile des pratiques religieuses populaires portugaises que l’umbanda et le candomblé s’implantent et se voient réappropriés. En effet ces pratiques, et plus particulièrement la bruxaria, ont plusieurs rites et tout un vocabulaire en commun avec les religions afro-brésiliennes : dans les deux cas, le client passe par une consultation, le spécialiste peut procéder à une divination, on assiste à des transes médiumniques lors des séances. Des rituels, parfois sous la forme d’offrandes ou de purification (limpeza) sont prescrits au client et l’envie, le mauvais œil ou l’ensorcellement sont souvent à la source de son infortune.

Bibliographie

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