La deuxième édition du festival Aswat. Créations et écritures scientifiques alternatives dans le monde arabe a eu lieu du 8 au 10 février à Beyrouth. Alors qu’en soirée avait lieu les différentes projections de podcasts et films documentaires au cinéma royal, les journées étaient consacrées aux ateliers au sein de la Cinémathèque de Beyrouth.

Les ateliers d’Aswat, qu’est-ce que c’est ?

Atelier - 2e séance d'Aswat

© IRD - Aude Mathieu

Alors que les projections du soir présentaient des films et réalisations sonores finalisés, les ateliers en journée étaient l'opportunité pour des chercheurs et chercheuses et/ou réalisateurs et réalisatrices de travailler sur leur projet en cours. En effet, durant les trois jours, trois réalisatrices se sont retrouvées pour discuter et faire avancer leur projet respectif au côté de trois animatrices.

Des journées de partage qui ont permis à chacune d’elle de mélanger leur avis et de découvrir de nouvelles perspectives.

Qui étaient présents ?

Trois animatrices

Trois expertes du milieu de la recherche et du cinéma ont accepté d’animer les ateliers : Anna Roussillon (réalisatrice et monteuse), Rayya Badran (autrice, commissaire d’expositions d’art contemporain et sonore) et Danielle Davie (réalisatrice, anthropologue-cinéaste et directrice de l’Ecole de Cinéma et de réalisation audiovisuelle ALBA-UOB).

Atelier - 2e séance d'Aswat

© IRD - Aude Mathieu

Trois projets sélectionnés

  • La guerre civile algérienne vue par les enfants d’immigré.e.s, un projet de documentaire sonore par Saphia Arezki.

Au sein de ce documentaire sonore, Saphia souhaite mettre en lumière la guerre qui a marqué son enfance et qui l’a empêché de visiter le pays de son père : la guerre civile algérienne. Fille d’immigré algérien, elle part à la rencontre de français et françaises d’origine algérienne qui, comme elle, étaient enfants durant cette décennie 1990 que l’on qualifie de noire.

  • 30 heures d’archives, un passé et un présent, un projet de film de Fatima Joumaa

Jeune cinéaste libanaise, Fatima a découvert chez son oncle en exil en Allemagne, une multitude de cassette VHS, envoyées par sa famille dans les années 90. Elle apprend alors que son père est réalisateur, que toute sa famille s’étaient impliquées dans le projet et que sa grand-mère, l’héroïne de ce film, essaie de convaincre son oncle Ahmad de revenir au Liban. De ce film, elle souhaite en faire un autre.

  • Regarder la pleine lune, un projet de film de Cécile Boex

Depuis qu’elle a quitté la Syrie en 2011, Cécile étudie les usages et pratiques de la vidéo par les différents protagonistes du conflit. Une multitude de vidéos réalisées par des protestataires, des activistes et des groupes combattants ont été mises en ligne sur YouTube : comment faire sens de ces images, douze ans après le début de la révolution ? Ce film s’apparente à une enquête filmique et filmée dont le commencement est un geste d’exhumation de ces images et d’en restituer leur intensité.

Quelles discussions, et quelles conclusions ?

Atelier - 2e séance d'Aswat

© IRD - Aude Mathieu

Alors que les deux premières journées se sont déroulées en huit-clos, permettant aux réalisatrices de discuter avec facilité et d’avancer sur leur projet respectif, la dernière journée, en plénière, avait pour but de présenter, auprès d’un groupe de chercheurs, étudiants et réalisateurs, les différentes avancées des projets mais aussi de revenir sur plusieurs thématiques qui ont marqué les journées précédentes.

Rapidement mise en avant dans les discussions, l’idée de « passé », autour de la mémoire et de l’archive, est une notion commune aux différents projets. Chacune à leur manière, les trois réalisatrices se tournent vers un passé qui ne leur ai pas complètement étranger : l’histoire de sa famille pour Fatima, la guerre de son enfance pour Saphia ou les violences qui l’ont poussé à quitter la Syrie pour Cécile. Liée par la thématique de la mémoire, elles mettent pourtant en avant chacune une vision différente de l’archive. Pour Fatima, son archive se sont les vidéos de sa famille. A ses yeux, ces cassettes ne constituent pas une archive mais bel est bien un film, faisant des membres de sa famille de véritables artistes « I want for them [my family] to be artist » (Je veux qu’ils (ma famille) soient considérés comme des artistes). Pour Cécile, les archives de son film, ce sont les nombreuses vidéos YouTube postées par des activistes syriens. Durant la séance, elle explique pourquoi elle n’utilise pas le terme d’archive dans ses interviews. En effet, pour ces militants, qualifier leur vidéo d’« archive », c’est une défaite, et semble insinuer que leurs combats appartiennent au passé. Enfin, les archives de Saphia sont multiples, cela peut-être les voix des présentateurs de l’époque jusqu’aux récits des enfants d’immigrés qu’elle interroge. Toutes se posent ces questions : qu’est-ce qu’une archive ? Comment interpréter une archive ?

« I want for them [my family] to be artist »

Atelier - 2e séance d'Aswat

© IRD - Aude Mathieu

Autre notion commune, celle de la violence et de la guerre, que ce soit au Liban, en Algérie et en Syrie cette thématique est centrale dans chacun de leur sujet. Quel est le rôle de l’artiste dans ces contextes de violences ? Tout particulièrement dans le contexte actuel de guerre à Gaza, ces échanges font échos au quotidien des participants. Pour Fatima, qui filme la guerre actuelle au sud du Liban « faire ces films c’est une manière de résister ». L’artiste apporte une nouvelle image, pour contrer les perspectives dominantes mises en avant liées aux politiques des pays. Cependant, le cinéaste apporte l’image mais également sa propre réponse par rapport à cette image, comme le fait remarquer une personne dans l’assemblée. Les discussions ont ensuite débattu autour de la question d’éthique : comment faire face à l’image d’un mort ? Comment respecter la vie de ces gens ?

Autant d’interrogations qui restent au cœur de leur réalisation et permettront d’apporter une sensibilité unique à leurs projets.

Atelier - 2e séance d'Aswat

© IRD - Aude Mathieu

Comité d'organisation :

Taos Babour (Ifpo)

Nicolas Puig (IRD)

Michel Tabet (CNRS)

Contact et informations : aswat.festival@gmail.com

Remerciements

Ce festival n'aurait pu avoir lieu sans le soutien de l'Ifpo, de l'IRD et du service de Coopération et d'Action culturelle de l'Ambassade de France au Liban.

Nous tenons à remercier nos partenaires, en particulier Antoine Waked et Danielle Davie (Alba -UOB) ; Toufic El Khoury, Ghada Sayegh et Marianne Noujaim (IESAV-USJ) pour leur participation active à la programmation ; Laurent Pellé, du comité du Film ethnographique, pour nous avoir permis d’accéder à la sélection du festival Jean Rouch ; Mindy Krause, Anaïs Farine et l’équipe de la Cinematheque Beirut, ainsi que Karl Hadife et Dana Mikhail du Cinéma Royal pour leur accueil ; Renée Awit, Riham Hassi et l’équipe d’Aflamuna pour la coopération avec Aflamuna.online.

Nous remercions également tous les collègues qui, en coulisse, ont participé à la production de cet événement : Agnès de Geoffroy (SCAC Liban), Myriam Catusse, Raymonde Khayata, Billenda Chami, Leïla El Jeichi, Johnny Harfouche et Jean-Christophe Larroque (Ifpo), Soulaf Kadiri et Aude Mathieu (IRD).

Enfin, nous exprimons notre reconnaissance, non seulement envers les membres du comité de sélection et l’équipe de conception et d’animation des ateliers, mais aussi envers les réalisateur.ices, chercheur.euses et étudiant;es dont la participation fait ce festival.