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Le Symposium International sur la Géodynamique Andine (ISAG pour l’acronyme anglais) s’est déroulé pour la première fois dans un pays andin, à Quito en Equateur, du 24 au 26 septembre 2019. La 8ème édition de congrès a permis à tous les géologues, géophysiciens et géochimistes travaillant dans les Andes de se rencontrer pour présenter leurs derniers résultats, pour échanger des idées et construire de nouveaux projets. L’évènement comprenait le congrès principal, des visites de terrain, et des ateliers spécialisés. Retour sur cette semaine chargée pour les géosciences andines !

INTERNATIONAL SYMPOSIUM ON ANDEAN GEODYNAMICS (ISAG)
 

8th ISAG Quito

© IRD Equateur

L'ISAG s’est tenu pour la première fois à Grenoble en France en 1990 puis régulièrement tous les trois ou quatre ans en Europe. Cette réunion organisée par l’IRD et les partenaires académiques français et étrangers du Sud comme du Nord, est un symbole des échanges scientifiques intenses qui existent entre le Vieux Continent et l'Amérique Latine. Cette année, pour la toute première fois, l’ISAG fût organisé dans un pays des Andes, en Équateur, alors que toutes les éditions précédentes s’étaient tenues en Europe. Avec plus de 250 inscrits venus de toute l'Amérique Latine, mais aussi d'Amérique du Nord et d'Europe, la huitième édition de l’ISAG a été un grand succès, grâce au soutien de notre partenaire local, l’Escuela Politécnica Nacional avec l’Instituto Geofísico, à l’appui de l’ambassade de France en Equateur, et à l’efficacité de l’équipe organisatrice.

Plus de quatre-vingts présentations orales dont quatre présentations invitées de très grande qualité ont couvert les domaines variés de la géodynamique andine tels que les aléas sismiques et volcaniques, la dynamique orogénique, les processus de subduction, l’évolution des bassins sédimentaires, etc. Ces présentations orales ont été complétées par plus de cent-cinquante posters qui ont nourri d’intenses et fructueux débats.

Par sa haute qualité scientifique, l’ISAG a rendu visible la grande maturité de la communauté des géosciences andines, ainsi que les nombreuses collaborations internationales qui en ont résulté (l’IRD tient une place importante dans ce processus). Ce congrès a aussi montré l’importance d’un tel colloque dans les Andes et avec les chercheurs andins.

« Après ce grand succès nous souhaitons bien sûr renouveler cette expérience et organiser si possible une nouvelle édition de l’ISAG en 2022 dans un pays d’Amérique Latine. Nous comptons sur les propositions de nos partenaires pour accueillir et organiser cette prochaine édition » explique Philippe Charvis, directeur du département DISCO de l’IRD.

 

Les visites de terrain

Pisayambo - Des scientifiques dans la brume : jeu de piste grandeur nature, Oú est la faille ?

© IRD Equateur

Dans le cadre de cet ISAG plusieurs sorties de terrain (« field trips ») étaient organisées. Laurence Audin, chercheuse spécialiste des failles actives à l’IRD en dirigeait une avec Stéphane Baize et Hervé Jomard de l'IRSN , intitulée « Major active faults and historic earthquake surface ruptures in Central Ecuador ».
L’objectif ? Résumer dix ans de travail de terrain en morphotectonique et paléosismologie dans les cordillères et la vallée inter-andine d’Equateur. Cette synthèse de quatre jours a été menée avec succès sur des objets géologiques et historiques emblématiques de l’activité sismique de la zone andine du pays. En Equateur en effet, les failles actives parlent d’elles-mêmes et leur activité transparait dans les paysages qu’elles modèlent, et sur les populations qu’elles ont affectées historiquement.

Ce field trip a aussi permis de visiter des sites historiques (églises impactées par le séisme de Riobamba en 1797) et des volcans quaternaires déformés par l’activité des failles actives (Igualata et Huisla), et de mesurer le caractère meurtrier des glissements de terrain provoqués par les séismes (vallées de Cajabamba et Patate). « Les discussions entre sismologues, géodésiens et tectoniciens ont été fructueuses et la météo au rendez-vous au cours de cette belle sortie de terrain », résumait Laurence Audin à son retour de cette sortie.

D’autres visites de terrain ont été organisées, l’une sur l’histoire éruptive du volcan Cotopaxi (menée par Patty Mothes et Pete Hall de l’IG-EPN), et l’autre sur la géologie de la Cordillère Orientale d’Equateur (par Richard Spikings, Université de Genève, et Bernardo Beate, département de géologie de l’EPN).

 

Atelier spécialisé au volcan Tungurahua

Workshop Tungurahua

© IRD Equateur

Suite à l’ISAG, l’IRD et l’IG-EPN co-organisaient du 28 septembre au 1er octobre le workshop « Seventeen years (1999-2016) of eruptive activity at the Tungurahua andesitic volcano ». Il s’agissait de commémorer le vingtième anniversaire du début de l’éruption de longue durée du Tungurahua, et de réunir un groupe de spécialistes ayant travaillé sur ce volcan. Les chercheurs, ingénieurs et étudiants, ils étaient environ quarante-cinq, ont présenté leurs résultats lors de quatre sessions couvrant les domaines de la géologie, géophysique, géochimie, et volcano-physique, mais aussi des sciences humaines. L’objectif était d’établir un modèle conceptuel de fonctionnement du volcan. Une sortie de terrain menée par Jean-Luc Le Pennec, chercheur et représentant IRD en Equateur, a permis de découvrir les stades de croissance et de destruction du volcan depuis trois-cent-mille ans, et d’échanger avec l’un des observateurs locaux, témoin de la grande éruption d’août 2006.

En effet, le Tungurahua est l’un des volcans les plus actifs et menaçants des Andes équatoriennes. Il s’est réveillé en octobre 1999 après soixante-quinze ans de calme, et est demeuré actif jusqu'en mars 2016. Durant cette période, le volcan a alterné les phases d’activités faibles et intenses. Cependant, l’activité a brusquement changé en 2006, et le Tungurahua a produit une éruption explosive majeure en aout 2006 : pour la première fois depuis le début de la crise en 1999, d’importantes nuées ardentes ont dévalé les flancs du volcan, et les lapilli et cendres transportées par le vent ont gravement affecté la zone agricole centrale du pays. D’autres épisodes explosifs importants ont ensuite eu lieu en février 2008, mai 2010, décembre 2012, juillet 2013, février, avril et novembre 2015, et enfin en mars 2016.

On retiendra que l’organisation de ce 8ième ISAG, pour la première fois dans les Andes, a conforté « la position de l’IRD comme acteur majeur des recherches en géosciences à l’échelle andine, en valorisant les résultats d’une coopération de longue haleine avec les pays andins », comme le souligne Pablo Samaniego, chercheur à l’IRD et principal organisateur de ce congrès. 

ISAG 2020