Une nouvelle étude montre les multiples perspectives que les citoyens peuvent apporter en participant à un projet de sciences de l’écologie. L'implication de la population locale assure à la fois la création de données fiables et un plus large soutien pour les projets scientifiques et de conservation.

L’International Research Lab REHABS, financé par le CNRS, l'Université Nelson Mandela et l'Université de Lyon et créé il y a environ un an, rassemble des scientifiques travaillant sur l'interface entre les aires protégées et les zones voisines, l'écologie de la faune et la coexistence homme-faune, dans le contexte du changement climatique. L'IRL collabore avec la Sustainability Research Unit, basée à George (Western Cape). Les scientifiques ont pour objectif de trouver des solutions pour une harmonie durable entre l'homme, la faune et l'environnement.

Dans cette nouvelle publication, les chercheurs ont testé une méthodologie pour montrer la faisabilité de la participation du public à la cartographie de la distribution des espèces et pour évoquer sa pertinence pour les études écologiques et la planification de la conservation. Des universitaires, des étudiants, des résidents, des groupes d'observation de la faune et même des associations de VTT ont été invités à indiquer quand et où ils ont récemment repéré des babouins chacma sauvages. Dans le cadre de son projet de recherche de Master, Elie Pedarros a recueilli des données auprès de 59 informateurs, qui ont signalé un total de 355 observations au cours de 7 ateliers.

Ces données se sont révélées très utiles car elles ont permis de cartographier la présence de babouins dans la municipalité de George, dans le région du Western Cape. « La comparaison avec les observations scientifiques sur le terrain et les données de colliers GPS dans des zones similaires a montré la pertinence de ces observations pour modéliser l'occurrence de la faune. Nous pouvons nous baser sur les données recueillies par la population », a déclaré Hervé Fritz, directeur de l'IRL. Organiser des ateliers et inviter les acteurs locaux s’avère être une méthode non-invasive et bon marché pour récolter des données pertinentes pour comprendre la présence d'espèces sauvages dans le paysage anthropique.

Cette recherche participative offre également aux citoyens un espace pour partager leurs points de vue sur les défis et les opportunités d'une coexistence durable entre l'homme et la faune. Les chercheurs affirment qu'engager la population dans ce type d'approche est l’une des conditions pour assurer le succès des initiatives de conservation de la faune. « La cartographie participative pourrait réconcilier les gens avec la conservation de la faune », écrivent-ils. « Les citoyens ont proposé des solutions adaptatives et durables pour atténuer les dommages causés par les babouins aux alentours des installations humaines », ajoute Dr Fritz. La prochaine étape consistera à explorer comment ces plateformes de recherche participative pourraient favoriser la gestion collaborative des interfaces homme-faune et trouver des solutions basées sur la biosphère pour faire prospérer les systèmes socio-écologiques.

 

Référence

Elie Pédarros et al., Rallying citizen knowledge to assess wildlife occurrence and habitat suitability in anthropogenic landscapes, Biological Conservation, Volume 242, February 2020, 108407.