SÉMINAIRE SHS
Mardi 13 février 2024 à 10h à l'IRD - salle 1

par Pierre-Yves Le Meur, anthropologue à l'IRD (UMR SENS)

Thio, 2014

© P.-Y. Le Meur

Depuis plus de deux décennies, on observe dans l’arène minière une prolifération du « social » : risque social, acceptabilité sociale, permis social d’opérer, responsabilité sociale d’entreprise… Le qualificatif semble se décliner en boucle et de manière souvent peu définie. On pourrait avancer que ce débordement du social tente de contrebalancer ou de contrecarrer les débordements miniers sur les environnements mais aussi sur les sociétés qui entourent les sites extractifs. Les entreprises minières se sont progressivement aperçues que les « externalités environnementales » (auparavant à la charge des communautés ou des Etats) ne l’étaient plus et qu’elles avaient désormais un coût (réputationnel puis financier). Pour y remédier, elles ont opéré ce que certains nomment un « tournant éthique » dont la prolifération du social constitue une manifestation. Il s’agit d’aller au-delà des cadres politico-juridiques formels pour obtenir l’assentiment des communautés concernées – le « permis social d’opérer » – et la notion « d’acceptabilité sociale » fait partie de l’arsenal discursif mobilisé par les compagnies dans ce nouveau contexte.

Cette présentation s’efforcera de déchiffrer ce que cette expression apparemment pétrie de bon sens recouvre : quelle est sa fonction, quels intérêts sert-elle, qui l’emploie, comment et dans le cadre de quels dispositifs ?

Pour ce faire, il faudra présenter brièvement les transformations de l’arène minière qui ont favorisé l’émergence du « social » (et de « l’acceptabilité sociale ») et décrire le champ sémantique et discursif dans lequel s’inscrit l’acceptabilité sociale. Sur cette base, les questions relatives aux significations, fonctions et fins de l’acceptabilité sociale dans le champ défini par la négociation des règles du jeu minier – l’arène minière – seront discutées et mises en débat avec la salle.