Le 1er janvier 2021, les scientifiques IRD de l’UMR GRED se sont associés à des chercheurs du CIRAD?UPR GREEN et des enseignants-chercheurs de l’UPMV-Université Paul Valéry Montpellier?Equipe CERCE du LERSEM pour former un nouveau collectif interdisciplinaire, qui a vu le jour sous l’appellation d’UMR SENS (Savoirs Environnement Sociétés). Cette équipe, menée par Philippe Méral, économiste et directeur de recherche à l’IRD, positionne ses recherches sur la dimension sociétale des dynamiques environnementales actuelles.

Le projet scientifique de l’UMR part d’un double constat. Le premier est celui d’une accélération et d’une complexification des tensions entre les trajectoires de développement des sociétés et les transformations de la nature (érosion de la biodiversité, changement climatique, perte des services écosystémiques, pollutions, artificialisation des paysages, etc.). Le second constat est celui de l’évolution des attentes des sociétés qui s’expriment à travers des modifications des comportements individuels, des logiques de mises en commun, de patrimonialisation, mais également de mobilisation face aux injustices exacerbées par ces crises environnementales. L’objectif est d’analyser ces enjeux de société mais également de proposer et d’accompagner l’émergence de nouvelles formes de gouvernance. 

Jeux de rôle sur l’impact des pratiques agricoles sur la fertilité des sols au village de Ziguena (Mali)

© Jean-Pierre Muller

Une équipe interdisciplinaire pour répondre à 3 grands objectifs de recherche socio-écologiques

Le collectif constitué représente 56 chercheurs et enseignants-chercheurs, 7 IT?Ingénieurs et Techniciens et à ce jour 53 doctorants. Pour diriger cette UMR, Philippe Méral est accompagné par deux DUA?Directeurs d'unité adjoints représentant les deux autres tutelles : Aurélie Botta, modélisatrice au CIRAD et Bernard Formoso, ethnologue à l’UPVM.

La particularité de cette équipe est sa pluridisciplinarité à la fois à l’intérieur des SHS?Sciences Humaines et Sociales (anthropologie, économie, géographie, sociologie, droit, science politique), et entre les sciences sociales, les sciences de la vie et de l’environnement (agronomie et écologie) et les sciences et technologies (modélisation et informatique). Les chercheurs de cette nouvelle unité s’organisent autour des objectifs généraux suivants, en donnant la priorité aux sociétés rurales des Suds :

  • Produire des connaissances sur les mécanismes qui sous-tendent les relations et tensions constitutives du nexus société-environnement ;
  • Accompagner les initiatives et les innovations sociales et institutionnelles visant à influencer durablement, à différentes échelles, les trajectoires des systèmes écologiques et sociaux ;
  • Consolider les approches réflexives sur le rôle des scientifiques au regard de la complexité des phénomènes étudiés, de leurs dimensions éthiques et politiques, et de la nécessaire co-construction des savoirs et des pratiques.

Laos

© Jean-Christophe CASTELLA

Des thèmes structurants tournés vers la durabilité

Ces objectifs seront déclinés autour de 4 grands thèmes :

  1. Les dynamiques des pratiques, des appartenances et des paysages.
  2. La justice et l’éthique environnementales.
  3. Les formes de gouvernance de la nature et des ressources et les processus de formulation et de mise en œuvre des politiques publiques.
  4. Les modes de production et de circulation des savoirs autour de l’environnement dans le cadre d’approches prospectives et d’anticipation.

L’unité ne fonctionnera pas en équipes mais en thèmes caractérisés par leur porosité, pour la réalisation d’un travail collectif cohérent. « Leurs interfaces dessinent des champs de questionnement originaux. Les liens entre les différents thèmes sont d’ores et déjà illustrés par des enjeux, des concepts et des approches communes à plusieurs d’entre eux, voire à l’ensemble des thèmes », affirme Philippe Méral. Il faut en particulier noter la place centrale, d’une part du dialogue science-politique-société et de la construction des interfaces le facilitant, et d’autre part de la notion d’humanités environnementales conçue comme une passerelle entre les différents types de savoirs et de disciplines en jeu. Les notions de risque et d’incertitude, de communs, de résistance, de résilience, et les débats autour de la science de la durabilité, de la notion de transition et d’écologisation des politiques irrigueront également les réflexions transversales de l’unité.

Etudiants en master

© Info42.fr

La formation au cœur du dispositif

L’UMR développe 3 stratégies en termes de formation : (i) renforcer l’existant?Master EDEV (Étude du Développement)/UPVM, Master international « Sciences et technologie de l'agriculture, de l'alimentation et de l'environnement »/Supagro, Master Bioget et GEEFT/ UM, SupAgro et AgroParisTech, Master Anthropologie AMU/ Aix Marseille Université, Master Ingénieur en agrodéveloppement/ISTOM, Formation professionnelle CIRAD en croisant les compétences et disciplines issues des différents collectifs fusionnés ; (ii) utiliser la construction de formations communes comme un moyen d’animation et d’échange au sein du nouveau collectif ; (iii) créer un nouveau parcours « humanités environnementales » au sein du Master d’anthropologie de l’UPVM à Montpellier. « Tout en partageant un tronc commun déjà ouvert à la pluridisciplinarité avec le reste de la formation de Master d’anthropologie, ce dernier parcours approfondira l’anthropologie du développement et de la nature et élargira la palette des approches comme par exemple des enseignements en ethnosciences ou en économie écologique. De plus, des thématiques spécifiques seront abordées comme par exemple celle des communs ou la construction interactive des savoirs », explique Philippe Méral. S’y ajouterait un MOOC E-Learning parmi ceux que proposent l’Université Environnement et Développement Durable ainsi que des enseignements d’épistémologie des sciences construits autour de la comparaison des formes de modélisations employées en Sciences Humaines et Sociales (SHS) et en Sciences de la Vie et de l’Environnement (SVE).

Les partenariats au sud : une logique intégrative

Forte de l’expérience passée des trois collectifs d’origine et des missions spécifiques de l’IRD et du CIRAD, la future Unité envisage de développer et de consolider sa présence à l’étranger à travers deux voies (autres que celle de la recherche proprement dite et de la formation développées ci-dessus) : les chantiers géographiques et l’appui à la recherche auprès de partenaires, les deux dimensions étant conçues et opérationnalisées dans une logique intégrative, en particulier en Amérique centrale et en Asie du Sud-Est, comme décrite dans le schéma ci-dessous.

 

En termes de dispositif partenarial, l’UMR bénéficie déjà d’une forte expérience puisque le collectif IRD est déjà co-porteur de 3 LMI?Laboratoires Mixtes Internationaux : le LMI MEDITER (avec l’UMR LPED), le LMI MESO (avec l’UMR URMIS) et le LMI DYN-PATHOS (avec l’UMR PHIM). Il a été également impliqué dans différentes JEAI?Jeunes Equipes Associées à l'IRD (Explore à Madagascar, Amsama au Mali, Ecoland au Cambodge) et l’est actuellement dans le GDRI?Groupement De Recherche International-Sud PACSEN dans le Pacifique. « L’association avec le CIRAD va permettre de combiner les dispositifs propres aux tutelles ; en témoigne par exemple le montage d’un nouveau LMI co-porté avec l’UMR ESPACE-DEV et en synergie avec les Dispositifs en Partenariat (DP) du CIRAD (LMI PAYSAGE à Madagascar) », rajoute Philippe Méral. En France, ces nouveaux liens avec le CIRAD vont permettre de renforcer certains réseaux scientifiques tels que ceux portés par Agropolis Fondation ou le Pôle foncier. De même, le maintien de la tutelle UPVM va permettre de consolider le lien avec la MSH-Sud, le tout dans une dynamique institutionnelle plus générale portée par l’I-SITE MUSE à Montpellier.

Contact science : Philippe Méral, IRD, UMR SENS philippe.meral@ird.fr
 

Contacts communication : Fabienne Doumenge, Julie Sansoulet communication.occitanie@ird.fr