Une équipe de recherche internationale, codirigée par un chercheur de l’IRD, vient de publier dans la revue Science une étude sur les variations climatiques lentes du Pacifique tropical.

Des inondations catastrophiques aux incendies de forêt dévastateurs, le monde n’est que trop souvent confronté aux impacts des variations climatiques.
Ces phénomènes météorologiques extrêmes, et le système climatique mondial dans son ensemble, sont fortement soumis à l’influence du Pacifique tropical, qui s'étend de l'Australie au continent américain.

Une équipe de 35 scientifiques internationaux représentant 27 centres de recherche sur le climat, dirigée par un chercheur IRD, Matthieu Lengaigne, en France, le professeur Scott Power en Australie, et Antonietta Capotondi aux États-Unis, s’est constituée pour étudier les fluctuations climatiques lentes dans cette région, également connus sous le nom de « variabilité décennale du Pacifique tropical (TPDV). »

« La TPDV désigne toute forme de variabilité climatique lente, naturelle ou en lien avec le changement climatique, qui se produit dans l'atmosphère, l'océan et sur les terres du Pacifique tropical », explique le Scott Power, directeur du Centre des sciences climatiques appliquées de l'université de Queensland du Sud.
« La TPDV influe sur la fréquence des sécheresses, des feux de forêt, des inondations, et impacte l'étendue de glace de la mer polaire, le débit des rivières, la production agricole ainsi que la vitesse à laquelle la planète se réchauffe en réponse à l'augmentation des gaz à effet de serre, mais aussi notre capacité à prévoir l'oscillation australe El Niño. »
« De plus, le réchauffement dans le Pacifique occidental en réponse au réchauffement climatique est tel que les températures ressenties au cours de la dernière décennie ont largement dépassé la fourchette atteint e dans les relevés instrumentaux passés. »

Dégâts climatiques en Polynésie

© IRD - Bruno Marty

Pour Matthieu Lengaigne, climatologue, membre à l’UMR MARBEC, les changements dans cette région pourraient avoir un impact considérable, principalement sur les océans : « La hausse des températures dans cette région devrait déplacer les populations de thon vers le Pacifique Est et d’entraîner une augmentation de la fréquence des vagues de chaleurs marines. »

« Ainsi, les récifs coralliens devraient être profondément affectés, avec des conséquences majeures sur la biodiversité, les populations des îles du Pacifique et leurs ressources, comme les populations de poissons côtiers. »

Alors que d'importants efforts internationaux sont déployés pour fournir des prévisions climatiques décennales, beaucoup d'incertitudes subsistent sur les caractéristiques et les causes de la TPDV. Pour pallier cette situation, l’équipe de recherche internationale a synthétisé les résultats d’une myriade de recherches sur le phénomène en un article de synthèse, qui vient de paraître dans la prestigieuse revue Science.

 « Comme la TPDV augmente les risques de catastrophes naturelles, notre capacité à fournir des prédictions peut aider les communautés, les gouvernements et l'industrie à anticiper les impacts climatiques futurs » souligne Scott Power.

« Il existe de nombreuses voies d’amélioration de nos connaissances à ce sujet », ajoute Antonietta Capotondi, chercheuse à l’Université du Colorado.
« Il nous faut améliorer la qualité, la quantité et la durée des relevés d'observation dans cette région, mais aussi préserver et améliorer les systèmes d'observation des océans et du climat, et continuer d’améliorer les modèles climatiques. »

Contact : Matthieu Lengaigne

© Science

Pour en savoir plus :
"Decadal climate variability in the tropical Pacific: Characteristics, causes, predictability, and prospects", Science, Volume 374, Issue 6563, 1 Oct 2021.

Cette actualité a été réalisée à partir d’un communiqué de presse de l’University of Southern Queensland.