Les cœlacanthes du genre Latimeria sont les seuls représentants survivants d'une lignée basale de vertébrés dont l'origine remonte à plus de 400 millions d'années. Pourtant, beaucoup reste à dévoiler sur la diversité et l'histoire évolutive de ces «fossiles vivants» à l'aide de nouvelles données moléculaires, y compris la possibilité d'espèces “cryptiques” ou de lignées inconnues. 

Dans un article publié le 13 janvier 2020 dans Nature, notre partenaire Kadarusman et ses collaborateurs (parmi lesquels 3 chercheurs de l'IRD : Laurent Pouyaud, Régie Hocdé et Emmanuel Paradis) rapportent la découverte d'un nouveau spécimen dans l'est de l'Indonésie qui appartiendrait à l'espèce L. menadoensis . Bien que ce spécimen ait été trouvé à environ 750 km de la répartition géographique connue de l'espèce, ils ont constaté que la divergence moléculaire entre ce spécimen et d'autres de L. menadoensis était grande: 1,8% contre 0,04% chez les individus de L. chalumnae , l'autre espèce vivante de cœlacanthe. Les analyses de datation moléculaire suggèrent une date de divergence d'environ 13 millions d'années entre les deux populations indonésiennes de cœlacanthes. Les auteurs proposent un scénario biogéographique pour expliquer la divergence génétique observée des populations indonésiennes de cœlacanthes, en s'appuyant sur des données relatives aux courants océaniques et à l'histoire tectonique de la région durant le Miocène récent. Ils formulent ainsi l'hypothèse que plusieurs populations de cœlacanthes sont susceptibles de vivre plus à l'est du lieu de capture actuel, avec potentiellement une nouvelle espèce qui resterait à décrire. Ils invitent à un effort international d'adoption de mesures appropriées afin de protéger ces vertébrés fascinants mais vulnérables qui composent les plus longues branches de l'Arbre de Vie.

L'article de Kadarusman et al. est en open access ici.